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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/781

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La Russie en feu – Journal d’un correspondant de guerre


I


VOYAGE DE KIEF AU GOUVERNEMENT DU DON
PROPOS DE « CAMARADES. »

Tous les efforts pour réorganiser la Russie en désordre sont concentrés à Nowo-Tcherkask. Tout ce que la Russie compte de meilleur, — généraux, officiers, gentilshommes, patriotes de toutes les classes, — a quitté l’armée corrompue, la campagne en flammes, les villes en pleine anarchie, et, par des voies détournées, rejoint l’ataman des Cosaques du Don et le grand républicain Kornilof. A Kief, mes amis, de jeunes et fringants officiers appartenant tous à l’aristocratie, ne parlent que d’aller, — sous des déguisements, bien entendu, — prendre place dans les rangs-de la nouvelle armée qui se forme au cœur de la Russie, afin de venger leur honneur et celui de l’armée, flétri par les lâchetés, les trahisons, les atrocités de douze millions de « camarades. »

La guerre de bandes entre les Ukrainiens et les Bolcheviks se rapproche de plus en plus de la ligne de communication Kief-Rostof : je hâte donc mon départ.

Le 10-23 janvier, je pars en wagon d’état-major, en compagnie d’une trentaine de privilégiés comme moi. Notre « privilège » nous fait des jaloux de tous les non-privilégiés. Dans le couloir, des soldats, qui ne nous quittent pas des yeux, échangent des propos où reviennent sans cesse les mots :