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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/769

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l’ambassadeur de Votre Altesse Sérénissime, il s’arrêta et sembla se disposer ii parler. Mais je ne bougeai pas, et le capitaine des archers, qui chevauchait près de lui, lui dit : « Marchons ! Marchons ! » Plus tard, le capitaine raconta cela au Roi, lequel me dit : « Avez-vous l’impression qu’il ait refusé de vous saluer ? » ajoutant que des hommes comme celui-là, qui ne tiennent pas leur parole, ne valent rien, etc. Et je répondis que j’aurais ressenti plus de honte que d’honneur si j’avais reçu aucun signe de courtoisie d’un être de cette espèce.

Le Roi était dans son palais et avait vu passer le seigneur Ludovic et, avec lui, étaient nombre de seigneurs et gentilshommes qui parlaient beaucoup du More. Sa Majesté Très Chrétienne dit qu’elle avait décidé de ne pas l’envoyer à Loches, comme elle en avait eu l’intention, parce qu’à certaines saisons de l’année elle y va elle-même avec sa cour pour s’y divertir et préférait ne pas y être avec lui, ne comptant pas le voir. Aussi, a-t-elle décidé de l’envoyer à Lys-en-Berri, à deux lieues de Bourges, où le Roi a un château très fort avec des fossés plus larges que ceux du Castello de Milan, pleins d’eau. Cette place est au centre de la France, sous la garde d’un gentilhomme qui était capitaine des archers lorsque Sa Majeste était duc d’Orléans, et il a une troupe de gardes éprouvés qui ont été formés par le Roi lui-même. Lorsque le More est descendu de la mule qu’il montait, il a été transféré dans le château, et il est, m’a-t-on dit, si faible qu’il ne peut pas gravir une marche sans aide. Par-là, je juge que ses jours sont comptés. Je me recommande humblement à Votre Altesse Sérénissime. — BENEDICTUS TREVISANUS, egues, orator.


Que s’est-il donc passé entre ces deux dates ?

La mort de Béatrice d’Este.

Dès qu’elle n’est plus là, des signes d’impopularité se manifestent. Les alliances se dénouent ; les souverains s’éloignent un à un. Par une fatalité qu’il ne s’explique pas, le More voit échouer toutes ses intrigues. Ses agents, qui en nouaient si bien les fils, jusque-là, trouvent portes et bouches closes. En avril 1498, il apprend la mort de Charles VIII et l’avènement au trône de France de son mortel ennemi, le duc d’Orléans. Dès lors, la courbe de sa destinée tombe précipitamment. Rome l’abandonne pour les Français, Venise aussi ; les petits États, sur la frontière du Piémont, n’osent plus le soutenir. Ferrare, même, malgré la sympathie de son beau-père, est neutre. Mantoue, malgré les efforts désespérés d’Isabelle d’Este, devient hostile. Un vent glacial, un vent de trahison, passe sur toute