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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/752

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pour exprimer le grand plaisir que cette Seigneurie ressentait à notre venue, et nous informer que le Doge lui-même, avec la Seigneurie et un certain nombre de nobles dames, allaient nous souhaiter la bienvenue et nous rendre honneur autant que faire se pouvait. Ma mère, avec sa modestie habituelle, me pria de répondre, mais j’insistai pour qu’elle prononçât quelques paroles, après quoi, je commencerais à parler moi-même. Mais à peine avait-elle fini de parler et avant que j’eusse commencé, tous les gentilshommes se précipitèrent pour nous baiser les mains, comme ils l’avaient fait le jour d’avant, de sorte que je ne pus exprimer mes sentiments que par des gestes aimables…

Alors nous partîmes pour Venise, et avant que nous ayons atteint San Clémente, où le Prince nous attendait, deux radeaux vinrent au-devant de nous et nous saluèrent de sonneries de trompettes et de coups de canon, suivis par deux galères années en guerre, et d’autres barques couvertes comme des jardins, ce qui était réellement beau à voir. Une quantité innombrable de barques, pleines de dames et de gentilshommes, nous entouraient maintenant et nous accompagnèrent tout le long du voyage jusqu’à San Clémente…

Et, ainsi, nous entrâmes dans le Canal Grande, où le Prince, qui causa avec nous tout le long du chemin, avec une bonté et une familiarité extrêmes, prit grand plaisir à nous montrer les principaux palais de cette noble cité et à nous désigner les dames qui apparaissaient, toutes brillantes de bijoux, à tous les balcons et fenêtres, en outre de la grande suite (environ cent trente dames, qui étaient avec nous sur le Bucentaure. Tous les palais étaient richement ornés et, certainement, c’était, une chose splendide à voir. Le Prince nous montrait tous les objets principaux, le long du Canal, jusqu’à ce que nous eûmes atteint le palais de mon père, où nous sommes logées, et le Prince insista pour aborder et pour nous conduire dans nos appartements, quoique ma mère et moi nous le priâmes ne point prendre cette peine. Nous trouvâmes tout le palais tendu de tapisseries et les lits couverts de draperies, de satin, portant les armes ducales et celles de votre Excellence. Les appartements sont pavoises aux couleurs des Sforza : ainsi vous voyez qu’en ce qui concerne la réception, la bonne compagnie et la manière de vivre, nous ne pouvions rien désirer de mieux… Demain, si l’audience a lieu, vous aurez encore d’autres nouvelles. Je me recommande à Votre Excellence. Venise, 27 mai 1493.


Comme on ne lui fit grâce d’aucun divertissement, ni d’aucun protocole, elle ne fait grâce à son mari d’aucune description :


Après dîner et un peu de repos, une grande suite de gentilshommes vint pour nous conduire à la Festa, au Palais… Pendant le