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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/742

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poids des projectiles lancés sur les tranchées allemandes dans nos offensives de 1917, on trouve les chiffres suivants par mètre courant : artillerie de campagne, 400 kg. artillerie de tranchée, 200 kg. ; artillerie lourde, 700 kg. ; artillerie lourde à grande puissance, 150 kg. ; au total, plus de 1 400 kg. L’apport d’un jour de feu aux batteries a parfois atteint 1 200 tonnes pour un corps d’armée ayant deux divisions d’infanterie engagées.

Ces chiffres monstrueux sont pleins de beauté. Si un seul jour, tandis que la France se battait presque seule, elle avait tremblé devant l’accumulation sans cesse croissante des engins d’Essen, si un seul jour elle avait tardé, qu’en serait-il aujourd’hui de la cause des Alliés et de leur indépendance ? La France n’a ni tardé ni fléchi, mais tenu tête et peu à peu pris l’ascendant.

Comment ? Ce n’est pas que le mode d’emploi tactique de l’arme diffère grandement ici et là : chaque nouvel emploi qui donne d’heureux résultats à l’un des belligérants est adopté aussitôt par les autres, et tous les genres de tir se font, avec plus ou moins de réussite, dans toutes les artilleries. Mais il en va autrement de la conduite du tir. Les Allemands, disent nos artilleurs, emploient à peu près les mêmes méthodes générales que nous ; mais, une fois le réglage obtenu, ils procèdent par tir sur zone et ne contrôlent pas comme nous : leur pratique est plus brutale, plus dispendieuse, au total moins puissante, et il apparaît que notre supériorité réside là, dans la conduite plus savante du tir.

C’est là une grande chose, dont seul un technicien saurait expliquer la noblesse. Mais ce que chacun, si profane soit-on, peut voir à plein, c’est qu’il faut bien que l’artillerie française ait possédé dès 1914 quelque vertu qui fût vraiment sienne, quelque germe de supériorité, puisque, si pauvre initialement