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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/741

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à contre-battre les batteries adverses, aujourd’hui c’est elles principalement que l’on prend à partie, et il est écrit dans nos Règlements que « la destruction matérielle de l’artillerie ennemie doit être la première et constante préoccupation du commandement. » Cette évolution n’a pas été soudaine : dans les deux armées elle s’est faite par étapes, selon la loi d’un crescendo plus formidable à chaque étape.

Regardons aux deux termes extrêmes de la route. Voici, pris au hasard entre tant d’autres, un plan d’action de notre artillerie, qui date des premiers temps de la guerre de position, du mois de novembre 1914. Il s’agissait, en Artois, d’enlever la position allemande sur un front de trois kilomètres. Pour préparer l’attaque, il fut prescrit ce qui suit. Au point du jour, deux compagnies du génie ouvriraient des brèches dans les réseaux de fils de fer. A sept heures, deux batteries de 120 long, cinq batteries de 155 court à tir rapide ouvriraient le feu sur les tranchées ennemies. Vingt-cinq minutes plus tard, à sept heures vingt-cinq, l’artillerie de campagne tirerait sur les mêmes tranchées. Cinq minutes plus tard, à sept heures trente, l’infanterie attaquerait. Les choses se passèrent comme il avait été ordonné, et la position fut enlevée. De telles préparations suffisaient alors à assurer le succès d’un ample combat : en 1916 et 1917, elles auraient appuyé à peine un chétif coup de main.

En 1916 et 1917, au cours de la préparation et de l’exécution d’une seule attaque, un canon de 75 consommait en projectiles ce qu’on avait admis avant la guerre qu’il consommerait en deux ou trois mois. Pour détruire cent mètres de tranchées il fallait, dans un tir bien exécuté et bien observé, tirer au moins, après le réglage, 300 obus du 155 long. Pour faire une brèche de quinze à vingt mètres de large dans un réseau de fils de fer, il fallait tirer environ 500 obus de 75. On en vint ainsi à prévoir, par journée de préparation et d’attaque, de 300 à 400 coups par pièce de 75, de 200 à 300 coups par pièce de 155, de 80 à 100 coups par pièce de 220 à 270 [1]. Dans le mois de juillet 1916, notre canon de campagne a consommé 6 400 000 obus ; en octobre 1916, 5 500 000. Si l’on calcule le

  1. Un document capturé, énumérant la première armée allemande, groupement von Stein, indique ce qu’ont consommé les batteries allemandes au cours de la bataille de la Somme. Nous en extrayons quelques données.
    Consommation moyenne par batterie. «
    Pendant la lutte d’artillerie du 24 au 30 juin Pendant l’attaque d’infanterie du 1er juillet Consommation maxima relevée pour certaines batteries
    Batteries de 77 1 500 2 250 4 000
    Batteries d’obusiers légers de 105 1 000 1 800 3 000
    Batteries d’obusiers lourds de 15 cm 500 900 1 200
    Batteries de mortiers de 21 cm 200 400 500