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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/734

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canons de 75, pourvu qu’ils eussent eu des projectiles à dépenser à profusion, nous aurions pu rejeter l’ennemi jusqu’à la Meuse.

Mais le 75 n’était approvisionné qu’à 1 300 coups et, dès les premières journées, maintes pièces avaient tiré à raison de 15 coups par minute ; et nous n’avions prévu, pour le cas de guerre, qu’une fabrication totale de 15 000 coups par jour. Là, dans l’estimation trop faible de ce que la bataille moderne consommerait de munitions, fut notre plus grande erreur. Elle n’a de comparable que l’erreur similaire des Allemands : si notre 75 n’était approvisionné qu’à 1 300 coups, leur 77 ne l’était qu’à 800 [1].

Pour toutes ces causes, les Allemands comme les Français virent, dès les premières semaines, gauchir leurs doctrines sur le rôle de l’artillerie. C’en était fait, pour eux comme pour nous, du rêve d’une campagne brève, où quelque manœuvre souveraine, inspirée par le génie de l’offensive, saurait, en quelques semaines ou en quelques mois, soit par l’œuvre du seul 77, soit par l’œuvre du 77 assisté d’obusiers légers et de canons longs, mettre l’adversaire hors de cause et le réduire à merci. Notre victoire su l’Yser acheva de ruiner chez les Allemands cette espérance. Les fronts se cristallisent. La lutte sera longue. Elle prend les aspects de la guerre de forteresse. Il s’agit de se résigner à ces conditions nouvelles, et de s’y approprier. Alors, contre ces nécessités soudaines, notre effort se déploya.


III. — NOTRE EFFORT : LES MUNITIONS

II faudra créer presque tout. Mais d’abord et d’urgence, pour soutenir la lutte quotidienne, le problème est d’alimenter les bouches à feu que l’on a. Des munitions d’abord, obus, poudres, explosifs, gaz, artifices. Quant à fabriquer des canons nouveaux, on verra plus, tard, bientôt.

Le temps presse, l’ennemi n’attend pas. Son artillerie lourde, déjà braquée contre nous, est largement approvisionnée : à

  1. Il est vrai que l’artillerie de campagne allemande n’avait pas toutes les missions de la nôtre, puisque l’artillerie lourde la Suppléait en bien des cas. En outre, la fabrication des munitions du 77 durant la guerre avait été prévue en Allemagne comme devant être poussée très activement.