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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/728

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fabriqua pour l’exportation ; de leur côté, nos services techniques entreprirent l’étude de quelques matériels.

Mais était-il vraiment nécessaire d’imiter les Allemands ? Il suffit de parcourir au hasard les derniers volumes de l’une quelconque de nos nombreuses Revues militaires pour constater que le problème fut chez nous maintes fois débattu et aussi que nos artilleurs le résolurent le plus souvent par la négative : imiter les Allemands, disent-ils presque tous, ne serait que duperie. Quelle est la vraie doctrine ? La controverse se prolonge, et les années passent. En 1910, paraît un Règlement provisoire de manœuvre : il n’a pas pris nettement parti.

Viennent les guerres des Balkans. L’un de nos plus savants artilleurs, le général Herr, visite les champs de bataille de la Thrace et de la Macédoine. Il en rapporte des enseignements propres à le confirmer dans la persuasion qu’il nous faut des canons à longue portée et que nous n’avons que trop tardé. Il le dit fortement dans la Revue d’artillerie (t. LXXXI, mars 1913, p. 305) ; chacune de ses observations sur les diverses batailles balkaniques aboutit à la même conclusion, nette, énergique, prophétique, hélas ! « L’utilisation, écrit-il, des pièces à longue portée par un seul des deux partis en présence rompt à son avantage l’équilibre entre les forces d’artillerie opposées. Celui des deux adversaires qui dispose de ces engins reste libre de détruire une partie de l’artillerie de campagne de l’ennemi, sans que celui-ci puisse le contrecarrer, ni rétablir l’équilibre par la destruction, dans des conditions analogues, des batteries de campagne adverses… » « Disposer de pièces à longue portée devant un ennemi qui n’en possède pas, augmente les chances de succès ; n’en pas avoir en face d’un adversaire qui en est muni, constitue un danger… Si l’on ne dispose pas d’un matériel de ce genre, il sera parfois impossible d’engager et de soutenir la lutte d’artillerie sans la presque certitude d’être écrasé… Les batteries à longue portée doivent faire partie intégrante des corps d’armée… Les batteries à longue portée des corps d’armée doivent être constituées en canons longs d’un calibre voisin de 100 millimètres. » Quel Français pourrait aujourd’hui lire cette étude sans admiration, mais aussi sans quelque serrement de cœur ?

La doctrine qui s’y trouve développée est celle que dans le même temps les Allemands professent, et que déjà ils se sont