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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/725

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L’effort français


NOTRE ARTILLERIE

A la veille de la guerre, le Décret du 2 décembre 1913, portant règlement sur le service en campagne, disait : « L’infanterie conquiert et conserve le terrain… Le feu de l’artillerie n’a qu’une efficacité minime contre un adversaire abrité. Pour amener cet adversaire à se découvrir, il faut l’attaquer avec l’infanterie. » Ces formules représentaient alors, non pas une doctrine particulière à l’armée française, mais la doctrine universelle, unique, réputée intangible, la seule que les guerres du passé eussent enseignée aux Allemands comme à nous, et ce fut, chez les Allemands et chez nous, la même surprise et le même désarroi, quand, aux premiers mois de la lutte, l’expérience révéla une vérité autre, provisoire elle aussi, mais qui, durant trois ans et plus, devait régir impérieusement la guerre, celle que le général Pétain, en 1916, exprima ainsi : « Dans la guerre, actuellement, l’artillerie conquiert le terrain, l’infanterie l’occupe. »

Pour passer de l’un à l’autre système, pour se ployer aux conditions d’une immense guerre de siège, les deux adversaires durent réviser en plein combat, bouleverser de fond en comble leurs idées, leurs méthodes, leurs règlements, leur outillage métallurgique, leurs matériels d’artillerie, tout refondre, tout recréer. Ce fut, de part et d’autre, un travail prodigieux, mais qu’il semblait impossible que la France envahie, réduite à des moyens industriels et métallurgiques dérisoirement inférieurs, pût accomplir. Pourtant elle y a réussi, tout en versant chaque jour, sans fin, son sang sacré.