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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/719

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d’une catastrophe, de retirer son épingle du jeu. L’accusation retournée laisse voir une apologie, « ce n’est pas ma faute ! » et de nouveau, cinq lignes, dix lignes plus bas; « ce n’est pas du tout ma faute! » L’Empereur est renseigné : Il n’est pas demeuré inerte. Il est sans reproche et ne craint pas le jugement populaire. Oui, sans reproche et sans crainte : « Je sais très bien que chacun de vous me donne raison sur ce point. Croyez-moi, il n’est pas facile chaque jour d’avoir le souci et la responsabilité d’un peuple de 70 millions d’habitants et, en outre, de voir, pendant plus de quatre ans, toutes les difficultés et la misère croissantes du peuple. »

Ces difficultés qui grandissent, il n’y a plus moyen ni de les nier, ni de les cacher, et les confesser avec précaution, en plaidant les circonstances atténuantes, est la deuxième intention politique du discours. Mais l’orgueil allemand, l’illusion allemande ont besoin d’être ménagés : l’Allemagne aurait horreur de la vérité toute crue et toute nue ; et chez elle l’horreur se changerait vite en fureur : heureusement qu’il est, à son usage, une vérité allemande.

Et la deuxième intention, à son tour, dévoile la troisième : encourager la nation à la résistance, en lui suggérant qu’elle ne fait qu’une guerre défensive; que la haine de ses ennemis, née de leur jalousie, se propose de l’exterminer, et que par conséquent elle combat pour la vie; subsidiairement, en cas de revers persistant, la préparer à une paix qui ne serait pas celle qu’on lui avait promise; en attendant, et pour ménager les revirements de fortune, la mettre en garde contre les entreprises que les gouvernements et les journaux de l’Entente sont censés tenter au détriment de son moral.

Que dire enfin? De même que, dans le discours d’Essen bien que, sous certains rapports, il ne soit pas banal, ce qu’il y a de plus remarquable, c’est le fait qu’il a été prononcé et le lieu où il l’a été, de même, en cette confidence, du trouble qui agite l’Empire, ce qu’il y a d’instructif et de significatif, c’est qu’on ait été obligé de le faire. Mais tout le criait. Tant de morceaux d’éloquence, tant de pages d’écriture, tant d’entretiens sur les toits ou entre deux portes, touchent la même note et rendent le même son.

Sur les autres manifestations de l’inquiétude allemande, nous serons sobres. Néanmoins, une mention est due à celle de M. de Payer. C’est lui, sans doute, qui en sa qualité moins de vice-chancelier de l’Empire que de leader du parti radical et de délégué au pouvoir de la majorité parlementaire, a été chargé, dans le concert, de la partie proprement politique.