Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/716

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sont aussi un peu adressés. Harangues, appels ou interviews, ils ne pèchent que par l’abondance. C’est un flot. On a judicieusement remarqué que, dans cette guerre, plus la victoire paraissait s’éloigner d’eux, plus les chefs des États parlaient. Quatre longues années durant, les souverains et les hommes politiques de l’Entente n’ont eu que trop d’occasions de parler. Maintenant, le tour de l’Allemagne est venu. Que d’orateurs! Il y aura de quoi remplir, pour la postérité, un Conciones civil et militaire. Ils y seront rangés dans l’ordre hiérarchique, dernier hommage à la supériorité de l’organisation allemande, et dernier témoignage du bel ordre de l’Empire.

A tout seigneur de guerre et de tribune, tout honneur. L’Empereur d’abord, qui est non seulement le plus haut, mais à coup sûr le plus bloquent et le plus original, ce qu’il doit autant, peut-être, à sa « position » qu’à son tempérament. Nul au-dessus de lui. Puis son héritier, le kronprinz de Prusse. Puis des princes confédérés, le roi de Bavière, le roi de Saxe, ou des princes de famille régnante, le prince Max de Bade; puis le chancelier, comte Hertling, et le feld-maréchal chef d’État-major général, Hindenburg, avec le premier quartier-maitre impérial, Ludendorff (à moins que ce ne soit Hindenburg, Ludendorff, et ensuite Hertling, selon que l’on regarde au protocole ou à l’autorité de fait); puis le vice-chancelier, M. de Payer, et des ministres comme le Dr Soif; enfin des députés au Reichstag, genre Erzberger ou genre Scheidemann, personnages qui n’ont, outre l’importance qu’ils se donnent en général, que celle qu’on leur prête pour la circonstance.

L’Empereur a parlé chez Krupp, à Essen, devant des ouvriers, et c’est déjà un signe que le choix du lieu et de l’auditoire. C’en est un autre que le choix des expressions et des épithètes. « Mes chers amis, » a soupiré Guillaume II, qui s’est présenté lui-même comme « le père de la patrie. »

Si, dans son exorde, il lui est arrivé d’opposer, en les associant, la « demeure des princes » et celle des modestes travailleurs, la cause en est qu’on ne dépose pas comme on le veut les attributs et les habitudes de la majesté. Mais qu’est cela? Un peu de condescendance, un soupçon de morgue, une goutte de sang bleu, perdue dans tant de sang rouge, une frange de manteau blanc. L’Empereur n’a rien de plus pressé que de remercier « les femmes, les filles et les hommes » qui, « le cœur gros de soucis, » ont fait tout leur devoir. Ces soucis se répercutent au plus profond de son cœur, à lui. N’est-ce pas, pour tout Allemand, le cœur paternel? Il daigne en convenir.