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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/638

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du Symbole à la fin du culte allait peu à peu devenir plus rare. A la faveur de cette liberté et de cette constatation de principes que, dans l’Église protestante, le dogme est soumis a une perpétuelle révision, l’enseignement catéchétique dans l’Eglise de Genève allait acquérir une infinie variété.

Dans tel de ces catéchismes, Jésus demeure Fils de Dieu, la Rédemption, la Résurrection, demeurent encore des faits historiques. Dans tel autre, Jésus n’est fils de Dieu que parce qu’il est fils de l’homme, parce que, Dieu étant le Père et les hommes étant ses fils, le vrai fils de l’homme, l’homme parfait, sera le vrai Fils de Dieu. Jésus n’est Rédempteur que parce que nous éprouvons qu’il y a en lui et dans son Évangile une puissance qui nous délivre de la souffrance et du péché ; et la résurrection du Christ, que l’on fête à Pâques, c’est le fait qu’il est toujours vivant et agissant pour ses vrais disciples. Un troisième catéchisme considère comme fort impertinent et comme absurde de demander ce que Jésus était avant de devenir homme, traite d’inacceptable la notion d’un Christ qui se serait substitué comme victime, et ne voit, dans la carrière terrestre de Jésus, d’autres manifestations de sa divinité que sa sainteté, ce qui évince le miracle. Les théories de M. Menegoz ont trouvé dans la Genève contemporaine un admirable terrain de culture ; les pasteurs libéraux en ont fait publier et répandre le sommaire ; les catéchismes s’en imprègnent.

De catéchisme en catéchisme, les fins dernières sont diversement envisagées : la réincarnation de l’âme, annoncée par les théosophes, compte dans le corps pastoral des partisans autorisés ; d’autres croient à la mort de l’âme pécheresse, à la survie de l’âme vertueuse ; la conception catholique du Purgatoire semble attirer certains esprits ; les textes évangéliques sur l’Enfer sont généralement mis de côté. Sur ces questions angoissantes, le dernier mot de l’un de ces livres d’enseignement religieux est celui-ci : Nous nous résignons à ignorer.

Hors de Genève, et surtout en pays catholique, de tels dissentiments peuvent paraître graves ; mais nous avons ici affaire à une Église où l’enseignement catéchétique ne se donne plus comme une exposition de vérités, mais comme une proposition d’expériences religieuses. L’Eglise n’impose plus de dogme. Chaque pasteur a sa méthode pour mettre les âmes, de son mieux, en contact avec Christ. Mais Christ, quel est-il donc ?