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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/637

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volonté : leur motion fut éconduite. On voulait, bon gré mal gré, prolonger la façade et l’armature de la vieille Église de Genève, en la rendant de plus en plus accueillante à tout ce qui, dans la cité genevoise, s’étiquetait protestant. Comme base du nouvel établissement, toute confession de foi fut jugée superflue ; on se contenta d’une déclaration de principes sur le but de l’institution. D’instinct, l’on sentit, en rédigeant ce document, que, si l’on voulait que l’entente durât, il fallait éviter de se prononcer sur les rapports de Christ et de Dieu. Les deux mots ne figurèrent pas dans la même phrase ; on s’épargna, ainsi, la subtile difficulté d’avoir à les situer l’un par rapport à l’autre, ce qui eût été du domaine de la dogmatique, domaine devenu étranger à l’Eglise de Genève. Les questions litigieuses, concernant le vote des femmes dans l’Eglise ou le vote des fidèles non Genevois, furent ajournées : prendre à cet égard des décisions nettes, c’eût été compromettre le vote de la constitution par le peuple protestant.

Etait-il indispensable, après tout, de provoquer ce vote du peuple ? Certains disaient non, craignant qu’un bien petit nombre d’électeurs ne se dérangeassent pour la voter, et cela, déclaraient-ils, produirait une mauvaise impression en face de l’Eglise catholique. Un membre des 19 citait le mot d’un médecin à qui l’on demandait s’il voulait participer à la reconstitution de l’Eglise : « Quand on m’appelle au lit d’un mort, répondait cet homme de l’art, je ne fais rien pour le rappeler à la vie. » D’autres ajoutaient : « Si notre peuple protestant, qui fut en majorité antiséparatiste, allait, pour protester une fois de plus, repousser les bases que nous donnons à l’Eglise séparée, alors, que ferions-nous ? Si les électeurs repoussaient notre texte, nous risquerions de nous trouver au 31 décembre devant des temples fermés, sur la porte desquels nous pourrions inscrire : Fermé pour cause de suicide. » La Constituante passa outre à cette crainte ; et le 27 septembre 1908, 4 531 votants sur 12 068 inscrits prirent la peine de dire oui et de ratifier ainsi la réorganisation de l’Eglise.

L’Eglise de Genève était donc reconstituée, sur le type « multitudiniste, » sous le vocable d’Eglise nationale. Elle persistait à vouloir, dans la mesure où le permettait l’infortune des temps, englober Genève. A cette fin, aucun dogme, aucune liturgie officielle n’enchaînaient plus les pasteurs, et la lecture