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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/63

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ordres et leur exécution, les deux faits qui modifient, à la dernière heure, les dispositions du 28.

D’une part, le général Lanrezac, en dictant ses ordres, avait cru pouvoir escompter un certain concours de l’armée britannique et c’est pourquoi il y avait inscrit cette donnée sous la forme suivante : « Le 1er corps anglais, débouchant de la ligne des forts Nord de la Fère à cinq heures du matin, marchera vers la partie Sud de Saint-Quentin, sa droite suivant la grande route de la Fère à Saint-Quentin. »

Dans la nuit du 28 au 29, à vingt-deux heures, on téléphonait encore du corps anglais que la cavalerie et l’artillerie se présenteraient sur la ligne des forts Nord de la Fère, mais l’infanterie seulement à midi. Et, tout à coup, le 29, à deux heures du matin, le corps anglais faisait savoir que, d’après les ordres de l’armée, il lui était impossible d’intervenir.

Le général Lanrezac se trouvait donc dans la nécessité de prendre, à la dernière minute, de nouvelles dispositions pour l’offensive sur Saint Quentin. Il décide que, pour combler le vide, les fractions disponibles des divisions Valabrègue (qui forment seules maintenant sa gauche) agiront entre la Fère et Saint-Quentin. Elles auront pour mission principale de flanquer, à gauche, le 18e corps, avec ordre, si les choses vont bien, de franchir l’Oise vers Hamégicourt et Berthenicourt et d’occuper la grande route Saint-Quentin-la Fère au Sud de Saint-Quentin, vers, Essigny-le-Grand.

Il faut bien reconnaître que cette nécessité où se trouve le général Lanrezac de distendre le front de sa propre armée à l’Ouest altère gravement sa manœuvre, puisque, sur l’un des nœuds de la bataille, son offensive est, non seulement affaiblie, mais « en l’air » ; or, c’est justement sur ce point que le haut commandement allemand va jeter toutes les troupes dont il peut disposer.

L’autre fait, qui s’est produit pendant la nuit, est l’enlèvement des ponts de Guise par les troupes ennemies. Ce fait a une autre conséquence presque immédiate. On apprend que l’ennemi, se massant de plus en plus, occupe la rive droite de l’Oise sur tout le parcours entre Guise et Etréaupont et qu’il se prépare à forcer la rivière. Dès l’aube, le 10e corps, qui surveille celle région, sera attaqué violemment, tandis qu’il se prépare à attaquer lui-même.