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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/618

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l’erreur, seront enseignés avec les mêmes droits et par la même autorité… Donnez le nom que vous voudrez à un semblable établissement ; je sais bien celui que je lui donnerai, moi ; mais, au nom du bon sens et du dictionnaire, ne l’appelez pas une Église.


Et Coulin prophétisait que cette religion sans dogme rentrerait dans son néant.

« Cette Église, insistait le pasteur Barde, appelez-la comme vous voudrez. Une grande école, un grand établissement. Jésus la nomme un royaume divisé contre lui-même et qui ne saurait subsister : c’est une grande ruine. »

L’Etat, c’est-à-dire, ainsi que l’observait avec douleur le pasteur Barde, un corps qui pouvait être un jour, dans sa majorité, catholique ou sans foi, l’Etat tout seul, s’occupait désormais de la formation des pasteurs. Et du haut de la chaire de Saint-Pierre, Barde laissait tomber ces paroles, qui faisaient un bruit de sanglots :


Que faudra-t-il, dorénavant, pour être pasteur à Genève ? Avoir au moins vingt-cinq ans, et posséder des titres académiques jugés suffisants par notre Faculté de théologie. Non seulement il ne sera pas nécessaire d’être chrétien, mais le texte même de la loi n’impose pas l’obligation d’être protestant. Et on peut espérer qu’on exigera la condition d’être un honnête homme ; cette réserve, toutefois, n’est pas exprimée. Vingt-cinq ans et des diplômes, c’est tout ce qu’il faut.


Devons-nous, dans cette bâtisse, laisser notre verbe et nos fidèles ? se demandaient un certain nombre de pasteurs évangéliques. Finalement, ils décidèrent d’y demeurer provisoirement : c’est un provisoire qui devait durer. Tous leurs soins s’appliquaient à bien organiser, dans l’une des nefs de l’Eglise, un groupement bien orthodoxe, sous le vocable d’Union nationale Évangélique. Ainsi se retournaient-ils vers les âmes, pour les recueillir et les réchauffer, et ils se désintéressaient, au contraire, de ce qui regardait le corps directeur de l’Eglise. Barde alla, dans sa paroisse de Vandœuvres, jusqu’à refuser de lire un mandement du Consistoire, et jusqu’à sortir, avec ses paroissiens orthodoxes, quand le délégué de cette assemblée se présenta pour en donner lui-même lecture.

S’infiltrer en terre orthodoxe : telle était la tactique des libéraux. Leur rêve ne les portait point à vouloir devenir les maîtres absolus dans une Eglise toute neuve, étiquetée