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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/608

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le général américain se décida, sur-le-champ, pour un mouvement qui acheminait ses troupes vers le Sud du village d’Epieds, sous le couvert des bois de Trugny, abondamment pourvus de feuillages par la belle saison.

Les Allemands firent une vive opposition à cette tentative de diversion et contre-attaquèrent avec fureur. Mais ils apprirent à leurs dépens ce qu’est la ténacité américaine. Les Yankees, arrêtés une première fois dans leur manœuvre hardie, revinrent à la charge, repoussèrent l’ennemi de la lisière du bois dans la journée du 24 juillet, et, sur les talons des Boches, pénétrèrent dans le bois, s’emparant de toute une compagnie de pionniers. Ils continuèrent aussitôt leur avance, d’une telle allure que, vers trois heures de l’après-midi, la progression de leurs avant-gardes dépassait l’orée de la forêt de Fère. Le soir même, ils étaient parvenus à la route de Fère à Jaulgonne.

Le soldat français qui vient de les voir à l’œuvre, et que j’ai rencontré par hasard en ces parages, résume son opinion par ces simples mots :

— Ils ont fait du bon travail.

En effet, dans l’espace de six jours, la division américaine avait réalisé, sur certains points, un gain de dix-sept kilomètres en profondeur. Elle avait combattu sans répit, jour et nuit. La discipline de ses sections d’attaque a frappé les Allemands qui les voyaient s’avancer avec leurs officiers eu tête et leurs serre-files, à la française. On rapporte ces paroles d’un prisonnier boche, se plaignant de ses officiers : « Nous ne voyons pas assez ceux qui nous commandent. Vous avez de la chance, vous êtes comme les Français qui ont toujours leurs officiers devant eux pour les guider au combat. »

L’officier américain paie de sa personne. Ses hommes ne le perdent pas de vue un seul instant, au plus fort du péril, au chemin de l’honneur et de la victoire. Aussi est-il sûr d’être respecté sans avoir besoin de recourir aux menaces ni à la crainte. La discipline, qui fait la force de l’armée américaine comme de l’armée française, est l’effet naturel d’une estime réciproque et d’un dévouement mutuel.

Tandis que les Américains de l’armée du général Dégoutte faisaient ainsi leurs preuves, leurs camarades de l’armée Mangin se signalaient dans un autre secteur du même front. Ils ont fait entrer dans l’histoire le nomade Nouvron-Vingré.