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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/593

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les services de l’armée américaine, l’union permanente des travailleurs et des combattants.

C’est un spectacle émouvant que de voir débarquer, sur les rives de l’océan Atlantique, dans nos ports de guerre ou de commerce, ces brigades, ces divisions que le Nouveau Monde nous envoie tout équipées, armées de pied en cap, déjà prêtes à prendre leur place sur le front de bataille. Pour transporter ces troupes jusqu’à leurs points de concentration, dans la zone des armées, il faut des trains rapides et des locomotives puissantes. Rien n’est plus intéressant que d’assister, sur place, — en des lieux qu’il nous est interdit de préciser davantage, — à cette préparation de l’effort militaire par l’organisation du labeur industriel. Les ateliers de construction et de montage sont installés dans des baraquements qui couvrent un vaste espace au bord de la mer. L’ordre le mieux réglé accélère, jour et nuit, cette active métallurgie où l’on travaille vivement, sans fièvre ni saccades, et rapidement, sans hâte apparente. Il faut que les faiseurs de descriptions forcenées où apparaissait déformée comme en un miroir mensonger l’image d’une Amérique haletante, essoufflée, toujours en peine et en affaires, incapable de détente et de répit, en proie au labeur cyclopéen d’une sorte de forge colossale, prennent leur parti de la réalité, qui est plus simple et plus humaine. A ceux qui ont visité les docks et les chantiers aménagés sur notre territoire par les services de l’armée américaine, rien ne semble plus facile que de monter une locomotive, d’équiper un hydravion ou d’ajuster les pièces d’une auto. C’est qu’en toute besogne les Américains ont soin d’appliquer une méthode excellente, inspirée par les idées directrices du fameux système Taylor. La division du travail épargne aux travailleurs l’ennui des gestes inutiles et le gaspillage des forces mal employées. Elimination des mouvements superflus, des doubles emplois, du bavardage oiseux qui dissipe l’attention et de l’agitation désordonnée qui disperse l’effort ; concentration de la main-d’œuvre, de manière à obtenir le maximum de production avec le minimum de personnel, tels sont les deux principes essentiels de cette méthode qui, dans les grandes occupations comme dans les plus menus ouvrages, réalise à souhait les conditions du succès.

Voyons, par exemple, comment, dans un atelier du génie on arrive, en cas de besoin, à monter de toutes pièces et à lancer