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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/588

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de ses camarades entendit sa voix, au moment où, gisant sur le champ de bataille, il répandait son sang par plusieurs blessures. Il murmurait, comme une suprême prière et comme un appel à sa patrie bien-aimée, quelques-uns des beaux vers qu’il avait, consacrés naguère à la mémoire des volontaires américains tombés pour la France : « O France, ne nous remercie pas ; nous ne sommes venus chercher ni récompense ni louange. C’est nous plutôt qui le remercions, toi qui nous as reçus dans tes troupes glorieuses, toi qui nous as donné cette grande occasion, celle chance de vivre une vie toute pure et ce rare privilège de bien mourir… France, nous ne te demandons rien, rien que d’être par toi confondus parmi tes enfants. Mais vous, ô amis d’Amérique, pensez à nous. Soyez fiers, soyez joyeux de nous et dites : Dieu soit béni, puisque, à l’heure du grand péril, des jeunes gens se sont souvenus de la dette ancienne ! Grâce à eux, des voix de chez nous se sont fait entendre dans la mêlée atroce… »

Tel fut l’appel des précurseurs. Les plus beaux exemples de l’antiquité classique ne sauraient dépasser la hauteur morale de cette sublime aventure.


II. — L’ENTRÉE EN GUERRE DE L’AMERIQUE

Il appartenait aux États-Unis d’entrer dans la guerre, résolument et totalement, par une démarche motivée en fait comme en droit. Les historiens seront tentés de considérer comme une harmonie préétablie la coïncidence qui a voulu que cet événement, dont les conséquences politiques seront infinies et innombrables, fût, pour une grande part, le résultat des méditations d’un homme d’Etat qui, pour se préparer à bien conduire les affaires d’une grande démocratie, avait commencé par étudier les lois de l’histoire et les principes du gouvernement des peuples dans les livres des philosophes et des moralistes. S’inspirant de l’exemple et de la pensée de ses plus illustres prédécesseurs, de Washington et d’Abraham Lincoln, le président Wilson n’a pas négligé une seule occasion de proclamer les « vérités qui ne sont d’aucun âge, que rien ne peut altérer ni briser et qui, sans jamais changer, traversent la vie changeante, » vérités immuables qui reposent sur les fondements mêmes de la vie morale, qu’on ne peut