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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/585

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serrés de l’armée américaine. Ce drapeau, les volontaires américains l’avaient emporté sur le champ de bataille. Et, tant qu’il ne leur fut pas permis de le déployer librement, de l’arborer officiellement, en attendant l’heure que le gouvernement des États-Unis avait seul le droit de choisir et de fixer, l’un d’eux, à tour de rôle, en eut la garde, serrant contre sa poitrine, près de son cœur, l’étoffe sacrée, de sorte que le symbole de la patrie, vivant et caché comme une relique infiniment précieuse, les assista et les soutint au milieu des fatigues et des dangers, sur les routes, d’étape en étape, dans la tranchée, au combat. Plus d’une fois ses nobles couleurs furent empourprées par le sang d’un brave. Il arriva qu’un soir, à la fin d’une journée particulièrement rude et meurtrière, on chercha vainement le drapeau pendant plusieurs heures d’incertitude et d’angoisse. Avait-il disparu sous la mitraille, enseveli au fond de quelque gouffre introuvable, dans la terre bouleversée par le bombardement ? Etait-il tombé aux mains de l’ennemi ? Après des recherches longues et pénibles, on finit par trouver le porte-drapeau, gisant au revers d’un fossé, parmi les hommes de son escouade, tués en même temps que lui. Sous le drap de sa vareuse, près de son cœur qui avait cessé de battre, on découvrit, soigneusement enroulée autour de son corps meurtri, la soie bleue, blanche et rouge comme celle de notre drapeau, imprégnée de sang, percée de balles. Pieusement les volontaires américains détachèrent du cadavre héroïque le drapeau sanctifié, une fois de plus, par le sang d’un martyr. Ils contemplèrent les quarante-huit étoiles, claires sur un fond bleu comme l’azur céleste. Et, quand le bon camarade, salué une dernière fois par l’adieu du clairon et par trois salves de mousqueterie, fut descendu dans la terre qu’il était venu défendre, ils chantèrent, comme pour bercer son dernier repos, les strophes de leur hymne national.

Quelle joie ce fut pour ces précurseurs, lorsqu’ils ont pu savoir qu’ils étaient suivis par l’unanimité de leur nation en armes, au moment décisif où apparut en France, sous les plis du drapeau étoile, l’armée du général Pershing ! Ce jour-là, les familles américaines qu’un deuil glorieux désignait déjà au respect de leurs compatriotes et à la reconnaissance de la France, eurent la consolation de penser que leurs enfants n’avaient pas souffert en vain. Ces familles sont au nombre des