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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/540

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d’outillage, ma lunetterie, ma coutellerie, mes batteries de cuisine ? Parlerai-je des jouets ? Et essayez donc de refiler à une femme du peuple une casserole ou un « fait-tout » qui ne soit pas en émaillé d’Autriche !


Ainsi, avant la guerre, la France entière était tributaire de la production allemande. Aucun article solide et bon marche n’était d’origine française. La marque Made in Germany était populaire chez nous, et nous n’en voulions pas d’autre. Mais après la guerre ce sera mieux encore et la France ruinée ne pourra se remettre au travail qu’autant que l’Allemagne lui en fournira les moyens. Ici, la Gazette dévoile la pensée cachée des meneurs de l’Empire. Le prétendu correspondant français, combattant nos rêves de prospérité future, affirme :


Avant de songer aux affaires brillantes que nous réaliserons après la guerre, il faut se représenter les conditions qui seront faites à notre industrie, si on veut la remettre en activité. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les dégâts causés dans une usine par le chômage prolongé sont toujours considérables, quand ils ne sont pas irréparables. Que de pièces rouillées, que de rouages délicats et de mécanismes de précision rendus inutilisables, malgré les précautions prises, et qu’il faudra remplacer ! Or, si nos gouvernants ne veulent pas donner le coup de grâce à nos usines déjà agonisantes, ils feront bien de ne déclarer la rupture des relations commerciales avec l’Allemagne que lorsque celle-ci, du moins pendant un temps, aura consenti à nous fournir ce qui nous sera indispensable, parce que 7ious ne pourrons nous le procurer ailleurs. Vous souriez ? Impossible de faire autrement, cependant, car, — et je connais la gravité de mes paroles, — mon établissement ne tournera à nouveau que si le moyen m’est donné de me procurer en Allemagne les pièces de rechange dont je ne pourrai me passer.

Songez que tous mes velours sont tissés sur des métiers achetés par moi à Crefeld. Mes cannetières, mes bobinoirs, mes métiers à ourdir viennent de Chemnitz ; mes machines à apprêter et à épailler, de Krimmitschau ; mes lames de tondeuses d’Aix-la-Chapelle ; mon teinturier ne connaît que les couleurs de Hœchst et d’EIberfeld… Comment faire pour remplacer tout cela d’un seul coup, par la simple vertu d’une loi ou d’un décret ? Un seul moyen : mettre tout le matériel des usines du Nord à la mitraille et improviser du jour au lendemain des métiers neufs et parfaits, de par cela même qu’ils seront français… ou anglais ? C’est de la folie !


Ce document éclaire d’une vive lumière la méthode de