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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/539

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gros du Havre, dont la maison a toujours été en rapports étroits avec l’une ou l’autre maison de Hambourg, croyez-vous que les innombrables industriels et commerçants français qui sont dans cette situation laisseront imposer à leur liberté les restrictions qui pourront plaire aux politiciens de Paris ? Allons donc ! C’est de la folie cela !

Ce n’était pas de ma faute si, avant la guerre, les articles allemands, tout aussi bien confectionnés que les autres, étaient d’un prix beaucoup inférieur… Ce qui existait avant la guerre existera encore après. Supprimez la concurrence allemande et les chambres syndicales françaises nous mettront le couteau sur la gorge et nous forceront de passer par leurs conditions, puisqu’elles sauront que nous ne pouvons nous fournir ailleurs. Oui paiera, en fin de compte ?… Le consommateur.


Cette manœuvre sournoise qui consiste, d’abord, à compromettre la grande industrie et le haut commerce français, représentés comme inféodés à Berlin, à Hambourg ou à Francfort, et ensuite à susciter les pires malentendus entre les fabricants et les chambres syndicales, puis à étendre le conflit entre les commerçants et les consommateurs, cette manœuvre dangereuse entre toutes doit être signalée et déjouée partout où un Allemand ose la tenter, et où un inconscient, — sinon un suspect, — se fait le fidèle écho de la voix de l’ennemi. Nous avons déjà entendu, même en France, depuis la guerre, soutenir que les Alliés ne peuvent se passer de l’Allemagne. Rien n’est plus faux : l’Allemagne, au contraire, dépend économiquement des Alliés ; elle le sait, et son chantage audacieux doit fatalement se retourner contre elle. Tous les travailleurs alliés savent que la production allemande, le commerce allemand, les matières premières allemandes ne sont pas indispensables à la vie économique des nations. « L’industriel » imaginaire de la Gazette des Ardennes ajoute :


Mais sachez donc que, si l’Allemagne ne nous les fournissait pas, aucun ouvrier ne pourrait se payer un « vélo » bon marché ; pas une ménagère n’aurait la machine à coudre indispensable. Tout le monde sait ça, comme tout le monde sait à quels pays appartiennent les marques populaires. J’ai été un des premiers à importer les sièges en bois courbé bon marché : d’où venaient-ils ? Enfin, je ne dois tout de même pas vous réciter mon catalogue ! D’où viennent mes accordéons, mes instruments de musique, mes cages à oiseaux, mes meubles en tôle d’acier, mon appareillage électrique, mes panoplies