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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/535

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allemand, le professeur Wilhelm Vœge, qui vient de faire un lumineux travail sur les sculptures de la cathédrale de Reims. J’espère que, la paix revenue, la grande œuvre de Vœge sera également terminée : ce sera un bel hommage à la civilisation française et un don précieux fait à tous ceux qui aiment les arts. Les Français seront alors responsables devant l’humanité de l’état où se trouvera la cathédrale.


Que de choses en peu de mots ! Reims est détruit ; la cathédrale est ruinée : les Français en sont responsables devant l’humanité. Mais ces démolitions et ces ruines n’ont pas d’importance, puisqu’il reste heureusement au monde, sur les décombres de la basilique, la « grande œuvre » du lumineux professeur Vœge ! D’ailleurs, nous autres Français, nous n’avons jamais rien compris ni à l’art en général, ni à la cathédrale de Reims en particulier. Nous l’avons bâtie, il est vrai, mais sans nous rendre compte de ce que nous faisions. Le professeur Lœnz ne nous l’envoie pas dire :


Loin de moi, ajoute-t-il, la pensée d’offenser les nombreux amis des arts auxquels je suis lié en France, en Russie, en Angleterre. Ces connaisseurs me concéderont bien plutôt sans jalousie les mérites de mes autres amis d’Allemagne : des Bode et Friedlaender à Berlin ; Swarzenski à Francfort ; Tschudi à Munich ; Bach à Darmstadt ; Gronau à Kassel ; Wichert à Mannheim ; Brinckmann à Hambourg, etc. ; et ils seront d’accord avec moi sur ce point que pas un des peuples belligérants ne possède au même degré et d’une façon aussi générale que le peuple allemand te respect et la compréhension des arts.


N’ayons donc plus l’outrecuidance de regretter la disparition, sous les obus du Kaiser, d’une pure merveille de notre pays. Le professeur Lænz nous ramène à plus de modestie : la cathédrale sacrée appartient aux Savants allemands.

Mais deux ans se passent et la thèse se modifie. On ne peut plus dire que la détérioration de la cathédrale est « heureusement légère. » Alors nos ennemis ont recours à leur procédé habituel. Ils accusent pour se défendre et rejettent sur l’armée française les conséquences de leur stupide vandalisme. La Gazette affirme, le 12 mai 1917 :


Les radiogrammes français ont affirmé de nouveau, à plusieurs reprises, que le bombardement de Reims serait une vengeance pour