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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/534

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cette gageure. C’est l’un des chefs-d’œuvre de la casuistique teutonne, puisque d’accusateurs elle nous transforme en accusés. A la date du 5 novembre 1915, la Gazette des Ardennes publie ces lignes effarantes que l’on croirait inspirées par le délire de la haine :


Peu de temps après le commencement des hostilités, deux femmes allemandes ont été condamnées à mort pour espionnage par les autorités françaises. Les deux femmes ont été exécutées quelques jours après. Dans le même pays où on a commis cet « assassinat, » pour parler comme les journaux parisiens, on mène aujourd’hui une campagne effrénée contre la brutalité allemande, parce qu’on aurait assassiné à Bruxelles une Anglaise, miss Cavell. Cette indignation sied plutôt mal à la France où la « disparition » de femmes a toujours été un événement très fréquent. Rappelons, d’ailleurs, la mort de Marie-Antoinette et des innombrables femmes guillotinées pendant la Révolution ; souvenons-nous des horreurs de la Saint-Barthélémy, etc. !

Il va sans dire que l’hypocrisie est encore beaucoup plus grande en Angleterre, où on a fait une grande collecte pour ériger un monument à l’espionne et où le peuple qui a brûlé Jeanne d’Arc a eu le triste courage de mêler la religion a cette affaire.


De pareils propos justifieraient l’hypothèse des psychologues qui voient dans les sentiments dont le peuple allemand était animé en 1914, l’indice d’un cas de folie collective. Nous y voyons plutôt les signes certains de cette sorte de dépravation crudité, alliée à un fonds naturel d’orgueilleuse balourdise et de duplicité qui caractérise la mentalité allemande.


LA CATHÉDHALE DE REIMS

Chose singulière, l’essai de justification des bombardements de la cathédrale de Reims semble avoir coûté aux Allemands plus d’efforts. Il a fallu, pour y arriver tant bien que mal, former un bataillon carré de casuistes. Voici d’abord le professeur Lœnz, « d’origine suisse, » et qui « enseigne la médecine à Amsterdam. » Il écrit dans la Gazette des Ardennes, le 24 juin 1915 :


Je suis persuadé que, sans nécessité militaire, pas une pierre d’une cathédrale française n’eût été détériorée. Les Français croient-ils donc vraiment que l’Allemagne ne combat pas pour la civilisation humaine ?… Ce n’est pas un hasard que ce soit précisément un savant