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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/529

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La perfidie boche atteint ici à la perfection. Dans les lignes que nous venons de citer, tout se trouve réuni : un mensonge éhonté, un chantage éventuel et une calomnie contre un écrivain célèbre, que l’on voudrait bien compromettre vis-à-vis de la France qu’il aime et de Paris qui l’a adopté. On y trouve même quelque chose de plus : l’éloge du militarisme allemand. C’est qu’il faut couvrir la plainte vengeresse des victimes de l’agression allemande. L’envahissement de la Belgique n’a pas été une simple promenade militaire : il y a eu les atrocités de Malines, de Louvain, de Liège, de Gand et d’Anvers, dont le récit a soulevé d’horreur la conscience universelle. Nier constamment est impossible. Se justifier est malaisé et d’ailleurs dangereux, puisque cela devient un aveu tacite du crime. Que font les avocats du Kaiser ? Ils accusent à leur tour. La Gazette des Ardennes ramasse, comme une guenille dans un égout, des extraits du « Journal de guerre » d’un prêtre belge, agent décrié de l’Allemagne, ce Domela Niewenhuys, qui pousse l’abjection jusqu’à invoquer le secret de la confession contre ses propres compatriotes. Le misérable ose écrire ceci, que la Gazette a publié le 10 novembre 1915 :


Si nous avions été, nous autres Flamands, renseignés raisonnablement (au moment de l’invasion de la Belgique) par les journaux sérieux, bien des malheurs eussent pu être évités. Mais la population a été continuellement exaspérée par des atrocités horribles qui n’avaient, le plus souvent, pas été commises, par des récits exagérés et tendancieux qui n’avaient qu’un but : faire détester les Allemands !

D’autre part, les journaux niaient tout simplement les continuels excès commis à l’égard des Allemands par le peuple excité. Il est, de toute façon, certain que, surtout dans le pays wallon, mais également dans la contrée d’Aerschot, et surtout à Louvain, de même que ci et là dans d’autres provinces, paysans et citadins ont fait le coup de feu contre les Allemands. Bien des fuyards me l’ont confessé.


Le 30 juin 1916, la Gazette des Ardennes revient sur le même sujet. Elle écrit avec désinvolture :


Qu’il y ait eu des excès en Belgique, surtout, où la population ne fut pas toujours tendre à l’envahisseur et se livra (cela semble dûment acquis à l’histoire) à de cruels sévices sur les blessés et les traînards, je veux bien le concéder, car le contraire serait, pardieu ! bien étonnant. Mais ces excès (je devrais dire ces représailles) ne