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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/528

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Le sénateur Beveridge fait observer qu’en Amérique, l’opinion admet que l’Angleterre ait été surprise, froissée, offensée, lorsque les armées allemandes franchirent la frontière belge. Et son interlocuteur lui répond :


Surprise… Pourquoi ? Depuis dix ans tout le monde savait qu’en cas de conflit franco-allemand, les Allemands traverseraient la Belgique. Le gouvernement anglais avait depuis longtemps prévu ce fait et agi en conséquence. Non seulement nos flottes avaient été stationnées d’après des plans établis en commun avec la France, mais notre gouvernement s’était également entendu avec la Belgique, de façon que les forces britanniques et françaises puissent faire face à l’offensive allemande en territoire belge même. Lorsque les Allemands ont occupé Bruxelles, ils ont découvert des documents qui ne laissent aucun doute à ce sujet et qui, à présent, sont connus de tous.


Il est piquant de voir le Kaiser s’abriter, à propos d’une question aussi grave, derrière la déclaration plus ou moins authentique, attribuée à un humoriste professionnel…

Après avoir prêté à un Anglais des paroles qui innocentent l’agression contre la Belgique, la Gazette des Ardennes demande aux Belges eux-mêmes de confirmer cette espèce de verdict d’acquittement. A cet effet, elle publie, le 30 septembre 1915, une information ignominieuse, dont elle laisse prudemment la paternité au journal allemand la Tægliche Rundschau. Ce qu’elle n’ose prendre à son compte, ce sont de prétendues déclarations faites par M. Maurice Maeterlinck à un « artiste hollandais » dont le nom reste inconnu :


Nous voyons notre pays aux mains des Allemands qui, pour dire la vérité, ne le tortionnent (sic) pas comme des conquérants, mais qui se considèrent plutôt comme les administrateurs d’un bien précieux confié à eux. L’Allemagne s’efforce dès maintenant de guérir les blessures infligées par la guerre : elle veut aplanir les difficultés, donner du travail aux chômeurs et restituer une certaine aisance de la population (sic). Çà et là, les anciennes et très vives relations commerciales entre maisons belges et maisons allemandes sont ressuscitées, et il y a même d’anciens germanophobes auxquels rien ne serait plus désagréable que si on pouvait chasser les Allemands de Belgique, parce qu’alors la Belgique serait le théâtre de combats sanglants. Aucune pierre ne resterait sur l’autre.