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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/511

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possédait des joyaux, zoie, en très grande quantité : un bijon composé d’un gros diamant et de trois perles suspendues appelé, il Lupo, qui fut estimé 12 000 ducats ; puis un balais (rubis de prix inférieur au rubis oriental et de couleur rouge violacé très en usage au Moyen Age) appelé el Spico, estimé 25 000 ducats ; d’autres encore d’une valeur de deux, quatre, sept mille ducats pièce, chacun différencié par un nom propre : el Buratto (le blutoir), la Sempreriva della Moraglia, un gros rubis con l’insegna del caduceo (une devise qui lui était chère). Un balasso appelé certainement à cause de sa forme : il Marone, valait 10 000 ducats, c’est-à-dire environ 86 000 francs, et six ou sept fois plus en valeur actuelle de l’argent ; un autre balais, avec l’effigie du duc, d’une valeur de 1 000 ducats ; un anneau d’or du même prix, des diamants pour porter sur le front, des gorgerins d’or émaillé à la franzese, beaucoup de bouquets, de 180, 160, 70, 40 perles chacun, de toutes les grosseurs : une seule perle avait bien une valeur de 10 000 ducats. Le médecin. Lodovico Carri, ébaubi de tant de richesses, écrivait au duc de Ferrare, le 16 octobre 1492, de Vigevano : « Le seigneur Lodovico m’a montré tant et de si beaux joyaux que je ne croyais pus que Gyrus ou Darius eu aient eu tant et de tels. Ce matin, il en a donné un, en notre présence, à la duchesse de Bari qui vaut 10 500 ducats. »

Le trait curieux, c’est qu’elle portait toute cette joaillerie en plein air et en plein soleil, dans les champs. Trotti, l’ambassadeur de Ferrare, écrit de Vigevano, le 1er mai 1492 :


Aujourd’hui, qui est, le premier de mai, ces illustres seigneurs (le duc de Milan et le duc de Bari) avec ces illustres duchesses, leurs épouses, et toute la cour, hommes et femmes, sont allés à la campagne, jusqu’à peu près trois milles d’ici, avec leurs faucons pour les faire voler. Et, après, nous suivions en grande pompe et en très nombreuse compagnie. Les duchesses (Béatrice d’Este et Isabelle d’Aragon) s’étaient coiffé la tête à la française, c’est-à-dire avec la corne sur le front et de longs voiles de soie ; leurs cornes étaient garnies de très belles perles entremêlées de beaucoup de joyaux : diamants, rubis, émeraudes et autres très dignes butins, ce qui était une chose très somptueuse et très riche ; mais les perles de la duchesse de Bari (Béatrice d’Este) étaient beaucoup plus grosses et belles que celles de la duchesse de Milan (Isabelle d’Aragon). Elles étaient toutes vêtues de tabis (soie moirée) vert, tant pour les vestes