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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/506

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art, et les discute longuement avec les siens. « J’ai reçu ce soir, écrit-elle à sa mère, le destin de la camora qu’à fait Jorba, que je trouve très beau, et je viens de le montrer à mon brodeur, comme Votre Excellence me l’a conseillé. Il remarque que les fleurs du patron sont toutes de la même dimension, et, comme la camora sera naturellement plus étroite en haut qu’en bas, les fleurs devraient être diminuées dans la même proportion. Je n’ai pas encore décidé ce qu’il serait le mieux de faire, mais j’ai cru bon de vous dire ce que dit Sckavezi et d’attendre votre avis, et alors de faire ce que vous penseriez le meilleur. »

Les détails les plus cruels n’émoussent pas son désir. En novembre 1493, elle vient de perdre sa mère ; mais on a beau avoir du chagrin, il faut bien se mettre quelque chose sur le dos. D’ailleurs, elle va marier sa nièce Bianca-Maria Sforza, — celle dont le portrait, par Ambrogio de Predis, vient d’entrer au Louvre avec la collection Arconati Visconti. Elle la marie avec le roi des Romains, Maximilien, futur empereur d’Allemagne : il lui faut une toilette monumentale, comme cet événement. Elle se rappelle, fort à propos, mi dessin de « chaînes entrelacées, » une fantasia dei vinci, que l’humaniste Niccolo da Correggie a autrefois imaginée pour sa sœur, et elle grille de l’avoir. Mais est-elle encore inédite ? Elle se hâte d’en écrire à Isabelle d’Este :


Je ne puis me rappeler si Votre Excellence a exécuté ce dessin de chaînes entrelacées que messer Niccolo da Correggio vous a suggéré la dernière fois que nous étions ensemble. Si Vous n’en avez pas encore commandé l’exécution, je projette de le faire réaliser en or massif sur une camora de velours pourpre, pour porter le jour du mariage de Mme Bianca, car mon mari désire que toute la Cour quitte le deuil pour un jour et se montre en habits de couleur. Ceci étant, je ne puis me dispenser de porter des conteurs en cette occasion, quoique la grande perte que nous avons éprouvée par la mort de notre chère mère ne m’ait guère laissé de goût pour des inventions nouvelles. Mais puisque c’est nécessaire, j’ai décidé de faire un essai de ce dessin, si Votre Excellence n’en a pas encore fait usage, et de vous envoyer le présent courrier, vous priant de ne pas le retenir, mais de me faire savoir immédiatement si vous avez, ou non, essayé ce nouveau dessin.


Il était encore temps, parait-il, car, le 29 décembre 1493,