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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/503

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varié. C’est toujours la camora, robe ample tombant jusqu’aux pieds, avec le corsage décolleté, lacé par devant et les manches indépendantes, d’une autre étoffe et d’une autre couleur que le « corps, » moulant bien le bras et attachées à l’épaule par des nœuds ; ou bien c’est le vestilo, grand habit de cérémonie, le plus souvent de brocart, couvert de galons et de dentelles, décolleté aussi, avec de longues manches à ailes, à guamazzone, qui quittent le bras dès le coude et tombent à terre, ou bien parfois au contraire courtes et évasées en ailes de pingouin ; enfui, c’est La sbernia, manteau flottant sans manches ou quelquefois mantelet, avec manches larges garnies de fourrures précieuses. Plus rarement, on voit apparaître la opelanda déjà surannée au temps de Béatrice, robe assez semblable, dans sa ligne maîtresse, à la robe Empire : taille très haute, corsage très ouvert, jupe tombant droit, mais différente de La robe Empire par la longueur des manches à ailes et l’ample évasement de la jupe à terre. Voilà les seuls types bien définis et distincts des costumes de cour à cette époque. Mais sur ces trois ou quatre thèmes bien connus, que de variations ! Sauf la coiffure de Béatrice, qui reste toujours la même, tout change en elle avec une rapidité cinématographique.

Il y a, d’abord, les toilettes de relevailles. Au Te Deum qui suivit la naissance de son fils Ercole, plus tard Maximilien, Béatrice parut à Sainte-Marie des Grâces avec une « veste galante de toile d’or, enrichie de nœuds de soie turquoise, recouverte très galamment d’une sbernia de soie turquoise, » et à une fête qui lui fut donnée par Gaspare di Pusterla pour célébrer cet heureux événement, elle vint avec une aigrette de rubis dans ses cheveux et une robe de satin cramoisi brodé de nœuds et de compas d’or, avec beaucoup de rubans, selon sa coutume. Au même moment, elle ressuscitait une toilette qu’elle s’était fait faire pour le carnaval et qui était un vestito composé de toiles d’or posées en travers sur du velours cramoisi couvert d’un taillis d’argent filé avec de longues franges d’argent sur d’autres bandes de toile d’or.

A la même époque, dans les réceptions habituelles, à Milan, elle, arborait une camora de satin noir, avec des bandes de brocart d’or qui descendaient du haut en bas « en ondoyant comme des flammes. » Le cou et la poitrine étaient ornés de joyaux et la tête d’un chapeau de soie noire, poilu, sur lequel