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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/49

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troupes, une fois hors de contact, continuèrent à progresser droit devant elles pour se mettre à l’abri et se reconstituer.

Aussitôt après Mons, le maréchal French, pour échappera l’attraction de Maubeuge, avait donné l’ordre de retraite par le Cateau ; il adoptait ainsi la voie classique, la voie romaine. Mais, un obstacle se présentait, c’était la forêt de Mormal, à cheval sur cette voie. Quel parti prendre ? La longer à l’Est, la traverser de part en part, ou la longer à l’Ouest ? L’ordre général fut donné de prendre, autant que possible, à l’Ouest de la forêt. Mais, pour éviter l’encombrement, le Ier corps qui, sous les ordres du général Douglas Haig, formait la droite, s’engagea à l’Est. La retraite anglaise se produisit, ainsi, en forme de fourche et ses deux corps se trouvaient, dès lors, séparés.

L’ennemi tenta de profiter de cette circonstance favorable. Il détacha ses avant-gardes à la poursuite du Ier corps avec mission de saisir les ponts de Landrecies avant qu’il n’y fût arrivé. Douglas Haig livre un vigoureux combat d’arrière-garde ; il se tire d’affaire, mais non sans être contraint de se porter encore plus à l’Est, si bien que, le 27, il se trouve rejeté vers Boué-Etreux, c’est-à-dire sur l’Oise supérieure, tandis que l’autre corps anglais, le IIe, commandé par Smith Dorrien, marchait franchement vers l’Ouest en suivant la vieille voie romaine par le Cateau.

Le commandement allemand, tout en poussant Douglas Haig sur les lignes de Lanrezac et en produisant ainsi cette première confusion sur laquelle il comptait, ne perdait pas de vue Smith Dorrien ; c’était son principal objectif. Celui-ci pourrait-il échapper à la manœuvre qui allait lui tomber sur le flanc à Cambrai ?…

Smith Dorrien entraînait dans une retraite éperdue son corps d’armée épuisé ; il sentait l’ennemi qui le pressait dans le dos, mais il en devinait un autre qui, sur le point de le dépasser, menaçait de lui barrer la route. Ses soldats n’en pouvaient plus. Il ne crut pas possible de marcher plus longtemps, et il préféra livrer bataille. Malgré les ordres formels de French, et malgré l’état de lassitude de sa troupe, ou plutôt à cause de cette lassitude, il s’arrêta sur la route de Cambrai au Cateau. Le sanglier faisait ferme.

Cette vigoureuse initiative le sauva. Il faut ajouter que Joffre lui avait envoyé un secours éminemment opportun : le