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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/488

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son mariage, c’est-à-dire avant qu’elle eût quinze ans et demi, entre 1489 et 1490.

Telle est une des pierres les plus suggestives qui, traversant les siècles, soient venues jusqu’à nous.

C’est un fort délicat morceau de sculpture, qu’il faut voir de préférence au milieu de l’après-midi, quand le relief de l’écharpe se borde d’un trait noir et quand le creux de la gorge se remplit d’ombre. Elle est d’une facture un peu mièvre, comme ciselée : c’est un travail d’orfèvre. Les bords des lèvres découpés finement, les sourcils réduits à une arête de marbre, les yeux stylisés, les commissures des lèvres creusées précieusement. Mais c’est plein de vie. Il n’y a là qu’un buste et nous voyons cependant comment tout le corps est posé. Hanche à droite, fortement, il baisse l’épaule droite, soulève la gauche qui est drapée, et tourne très légèrement la tête de droite à gauche, ce qui est indiqué par la saillie plus forte du sterno-mastoïdien droit et de la clavicule droite. La dyssymétrie est arrêtée juste au point où elle deviendrait du mouvement.

La vie s’exprime, en effet, par une variation, d’abord insensible, de la forme qu’aurait un corps dans le repos parfait ou qu’il pourrait garder, mort. Un muscle travaille plus que l’autre, — et cela suffit. Dès que la statue se met à lever le bras, à se tenir sur une seule jambe, à ployer les reins, à prendre, en un mot, une posture qu’elle ne peut garder longtemps, ce n’est plus la vie : c’est le mouvement.

Ainsi, une œuvre plastique peut présenter trois degrés de ressemblance avec le modèle humain : la forme, la vie, le mouvement. Pour révéler une individualité, la forme n’est pas assez,