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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/482

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personne qui ne doive être pris avec ses défauts, ainsi qu’avec ses qualités. Que reproche-t-on, dans cette affaire, à M. Sonnino? De ne pas parler : c’est justement ce dont on l’a loué dans tant d’autres. Sans doute; on peut retourner l’axiome et dire : comme il est des temps de se taire... Seulement, est-il démontré que les temps de parler soient venus? Pour nous, gardons-nous de l’oublier, M. Sonnino est muet, mais il est sûr.

En tout cas, que M. Orlando parle et que M. Sonnino se taise, c’est à eux de parler ou de se taire; l’Entente n’a rien à gagner à ce qu’un sujet si délicat soit livré aux disputes publiques, et à ce que, là-dessus, d’autres voix que celles des gouvernements instruits et responsables s’élèvent trop haut et trop tôt. La page de Mazzini est un texte, mais la convention de Londres, elle aussi, en est un. Il ne s’agit plus de se demander si l’on n’a pas eu, à tel ou tel moment, dans telles ou telles nécessités, la signature un peu facile. Ce qui est signé est conclu, et il n’appartient qu’à l’Italie seule de s’en dégager. Peut-être s’est-elle aperçue, ou peut-être s’apercevra-t-elle, que son véritable intérêt est de le faire; que, compris et interprété de la sorte, son rôle serait bien plus grand; que ce qu’elle pourrait céder en territoire, d’ailleurs âprement contesté, elle le reprendrait au décuple en influence morale, en prestige intellectuel, en autorité politique, en- développement économique. La solution serait alors à chercher, non dans l’opposition de tendances irréductiblement contraires et de sacrifice de l’une à l’autre, mais dans leur conciliation, dans une combinazione plus conforme à la fois aux destinées de la nation, à ses ressources et à son génie.

Nul, que l’on sache, ne songe à caresser ni même à épargner l’Autriche! Nul ne prétend qu’elle ne doive pas être vaincue, et que, vaincue, elle ne doive pas subir les justes conséquences de la défaite. Mais tout le monde n’est pas d’accord sur le meilleur moyen de la vaincre et sur celles de ces conséquences qui seraient ou justes ou les plus justes. Au fond, la difficulté tient surtout, — s’il existe quelque difficulté, — à ce qu’il y a, dans l’Entente, deux groupes, au moins, de puissances. Pour l’un, le principal ennemi est l’Allemagne, avec cette nuance que, pour certains États de ce groupe, pour la France, pour l’Angleterre, c’est comme un ennemi personnel, et que pour certains autres, pour les. États-Unis, c’est essentiellement l’ennemi du genre humain. Pour le second groupe, qui cristallise autour de l’Italie, l’Autriche est l’ennemi principal. Ainsi des Serbes, des Slaves en général, des Roumains, des peuples des Balkans et de l’Adriatique. Et