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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/480

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entre les deux zones dans nos relations avec la famille slave. Et cette seconde zone à eux, peuplée de dix-huit à vingt millions de Slaves, semble désignée, elle aussi, providentiellement, comme la barrière future entre la Russie et l’Allemagne du Nord. »

L’expression elle-même y est en toutes lettres : « la barrière, » et pour que le passage pût être produit devant la Conférence de demain ou d’après-demain, il n’y aurait à changer que les nombres qui ont vieilli, à corriger que deux noms ; à remplacer « panslaviste » par « pangermaniste » et « le Tsarisme russe » par « le Kaiserisme allemand. » Mais voici, à présent, le plus intéressant. Ce que Mazzini redoutait du Tsarisme, c’est précisément ce que nous aurions à redouter de la Mittel-Europa, toujours en y changeant un nom : « Au lieu d’une confédération slave entre les trois groupes, slave-méridional, bohême-morave et polonais, amis de nous et de la liberté, l’unité russo-panslaviste hostile; au lieu de 40 millions d’hommes libres, formant de la Baltique à l’Adriatique barrière contre le despotisme russe, 100 millions d’esclaves dépendant d’une unique et tyrannique volonté. » Le péril ne saurait être conjuré, la barrière protectrice ne pourrait être élevée que quand deux autres despotismes, plus anachroniques encore, auraient été abattus, comme il est fatal qu’ils le soient. « L’Empire turc est condamné à se dissoudre, peut-être avant l’Empire d’Autriche, mais la chute de l’un suivra de près celle de l’autre. Les populations qui s’insurgèrent en Turquie pour devenir des nations sont presque toutes réparties entre les deux Empires et ne peuvent s’agglomérer sans s’émanciper de l’un et de l’autre... Que faut-il pour que l’insurrection se convertisse vite en victoire? L’accord entre ces éléments slaves, helléniques, daco-roumains qui se jalousent aujourd’hui encore par d’anciens souvenirs de guerre et d’oppressions réciproques. C’est la mission de l’Italie de proposer et de faire prévaloir les bases de cet accord. »

Mazzini ne s’en tient pas à énoncer cette formule ; il indique les moyens, et règle même les détails : «Pendant que des conseils et des offres semblables aplaniraient la voie à une solution de l’orageuse question d’Orient, favorable au principe de nationalité et contraire en même temps à l’ambition russe, des offres pareilles étendues aux populations de la Dalmatie, du Monténégro, de la Croatie et des terres daco-roumaines, prépareraient la destruction de l’empire d’Autriche et accompliraient le dessein de notre politique. Lorsque les peuples soulevés auraient «sonné l’heure suprême, la côte méridionale de l’Adriatique deviendrait notre base d’opérations pour une aide