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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/459

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1918 : tout l’échafaudage offensif péniblement édifié par l’Allemagne depuis le 21 mars craquant de toutes parts, l’assaillant contraint de se défendre partout et réduit à rentrer peu à peu dans sa carapace fortifiée pour retrouver la stabilité de son front, à l’abri duquel il espère regrouper ses forces en désarroi.

La politique d’économie, de mesure et de prudence, suivie avec tant de ténacité par le commandement français, qui y voyait la condition même de la recherche, de l’invention et de la hardiesse, a triomphé d’une manière éclatante de la politique de violence et de brutalité préconisée par l’Etat-major allemand.


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Autant qu’il est possible de tirer des conclusions, au point où nous sommes de la bataille, on peut dire que cette longue suite d’efforts vers la réalisation de la percée et vers la guerre de mouvement n’a encore abouti qu’à une sorte de compromis. Les Allemands, s’ils ont pu briser le rempart fortifié, n’ont pas osé s’affranchir de la continuité du front, de peur de compromettre leurs lignes de communication indispensables à la vie des armées modernes. Ils sont beaucoup moins libres, moins dégagés d’arrière-pensées qu’ils ne se vantent de l’être. Dès lors, rechercher la guerre de mouvement, la crise, la solution tragique à la manière de Napoléon était de leur part une illusion.

La science de la guerre telle qu’elle a été créée par l’expérience des grands Capitaines repose, pourrait-on dire, sur un certain nombre de conventions. Deux peuples déléguaient des armées de métier pour vider leur querelle sur un champ de bataille et considéraient comme vaincu celui des deux dont l’armée avait le dessous : c’était l’acceptation d’un jeu guerrier. La constitution des armées nationales, images plus exactes de la puissance des nations, a modifié la première de ces conventions. L’établissement du front continu marque la volonté de les supprimer toutes et de sacrifier le moins possible aux hasards de la guerre.

Dès lors, la défaite, n’étant plus admise à titre de symbole, doit correspondre à une réalité. Dans ce cas, il y a défaite quand il y a occupation totale du territoire, épuisement des forces physiques ou démoralisation qui conduit à accepter les conditions de l’adversaire.

Il semble bien que l’Allemagne ait tablé sur l’épuisement de