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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/427

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n’a imaginé ce magnifique résultat, qui n’a entendu dans ses oreilles vibrer le cri de triomphe de nos soldats quittant enfin le dernier boyau, la dernière tranchée, et bondissant dans la campagne débarrassée de fils de fer et de trous d’obus, prêts à la grande bataille libératrice, tandis que la cavalerie galopant en avant sabrait les fuyards ? On ne dira jamais assez quel cauchemar affreux a été pour les Français à l’esprit offensif la présence de cette zone maudite, de ce formidable réseau contre quoi se brisait leur élan, s’épuisait leur désir de chasser l’envahisseur.

Cet espoir d’en finir, nous l’avons connu le 1er juillet 1916, sinon plus fort que lors des attaques précédentes, du moins plus fondé. Notre avance, foudroyante pour l’époque, légitimait nos espérances. Les lignes redoutables de l’ennemi tombaient l’une après l’autre. Le plateau de Flaucourt était à nous en quelques heures. Déjà, en face de Biaches, nos troupes apercevaient la rivière qui coulait, baignant Péronne, la vieille cité historique. Mais au Nord de la Somme, l’avance était plus pénible. Les contre-attaques allemandes obligeaient nos alliés à rendre dans la nuit une partie du terrain conquis. Le lendemain, les jours suivants, la lutte continuait toujours dans la zone fortifiée que l’on n’avait pu franchir. La rupture n’avait vraiment réussi qu’un instant et dans un secteur de diversion, limité par une barrière naturelle : la Somme. Si toutefois, par une résolution rapide, mettant à profit ce succès, nous avions changé à ce moment l’axe de la bataille et rabattu nos forces vers le Sud, peut-être aurions-nous pu consommer la déroute des divisions allemandes qui s’échelonnaient devant Chaulnes et border toute la boucle de la Somme. Mais l’événement nous déçut, C’était d’ailleurs abandonner le plan stratégique de l’opération conçue avec les Britanniques.

Chose surprenante, si la percée était prévue, son exploitation ne l’était guère. La cavalerie chargée de ce soin se trouvait à plus de cinquante kilomètres en arrière. Cette cavalerie ne disposait d’aucun armement spécial capable de lutter contre les moyens de l’infanterie. Le premier blockhaus balayant la plaine de ses feux devait l’arrêter. On le vit bien au Sud de la Somme où, sans perdre du temps, — mais en en perdant, en réalité, beaucoup, — elle était accourue. Déjà, des tranchées de fortune s’ébauchaient et se garnissaient de défenseurs et de mitrailleuses