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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/423

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Les étapes d’une victoire


L’arrêt de l’offensive allemande du 15 juillet, suivi de la contre-offensive française du 18, qui a réduit à néant les plans de conquête de nos ennemis, s’offre à nous comme une des plus belles manœuvres de la guerre- Déjà, l’opinion publique la nomme la « Deuxième victoire de la Marne. » A l’origine de ce baptême populaire, il y a plus qu’une analogie de lieu et de nom. L’angoisse qui s’était emparée de nous lorsque, au début de juin, le communiqué nous a montré sur la ligne de feu des villes et des villages que l’on avait cru devoir être désormais à l’abri des atteintes de l’ennemi, c’était l’angoisse de 1914. Et voici qu’à quatre ans de distance nous avons subitement retrouvé la joie qui succède à l’attente anxieuse. Elle est d’une beauté éternelle la victoire qui prend son vol sur les champs de bataille prédestinés, déjà arrosés de sang, consacrés par la douleur et l’espérance d’un peuple. Quiconque est victorieux sur la Marne n’est pas seulement un général heureux, c’est le sauveur de la France. Le sentiment populaire ne s’y trompe pas, et l’histoire est là pour lui donner raison.

Cette troisième semaine de juillet marque la date la plus importante de la guerre. Il semble que l’on aperçoive, pour la première fois, une issue à la lutte interminable.

D’ailleurs, jamais rencontre ne fut plus longuement préparée. En vue de ce choc, Ludendorff a depuis 1917 ménagé, galvanisé toutes les énergies de l’Allemagne. Le commandement français, pendant un an, a plié toute sa politique à la nécessité d’être prêt quand sonnerait l’heure du grand péril qu’il voyait poindre