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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/42

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est si caractéristique et, de là, se dirige vers le « blanc paysage français » en suivant quelque temps le cours de la rivière : Guise, Origny, Ribemont, la Fère. La position de la Fère est capitale ; l’ennemi, ici, doit prendre un parti : ou suivre la vallée de l’Oise par Noyon, Compiègne, ou faire un nouveau coude à gauche, pour éviter le dur massif de Saint-Gobain : c’est ce parti que prend le « doublet ; » il se glisse par le pied de la montagne de Laon vers Soissons et gagne la Marne. Caché, au début, sous l’abri des bois, il s’étale ensuite sur les belles et riches plaines du Soissonnais ; ainsi, il tombe à la frontière de la Champagne et de l’Ile-de-France à Fismes (fines), avec ce double avantage d’approcher Paris par Meaux et de séparer la capitale de notre force de l’Est par Épernay et Châlons. C’est la MANŒUVRE DE FISMES. L’ennemi vient de reprendre le chemin après quatre ans. Preuve de l’importance décisive qu’il attache à cette marche par le « raccourci. » En effet, si notre force de l’Est n’a pas été détruite directement, c’est la seule façon de l’annihiler.

Ne considérons que la voie du Sud, le « doublet, » puisque, dans la campagne de 1914, la voie romaine, à la suite des combats de Belgique, a été prise par l’armée anglaise et que, pour celle-ci, la bataille s’est livrée au Cateau.

L’armée française a suivi le chemin de l’Oise et c’est pourquoi ce chemin, qui conduit à Guise, nous intéresse particulièrement. Le chemin de l’Oise n’aborde pas cette rivière vers sa source. En fait, comme l’a très justement établi M. Demangeon, la trouée de l’Oise, fameuse chez les géographes, n’existe pas. L’Oise, jusqu’à Hirson, est un ravin sans route et sans issue. En 1914, les armées l’ont entièrement négligé. C’est seulement à partir de Guise que la route venant de Couvin, entre Fagnes et Thiérache, leur est accessible.

Jadis la bataille pour l’Oise eût duré des mois et se fût accrochée à chaque motte de terrain ; le pays était couvert de petites forteresses, le Nouvion, la Capelle, Guise, Ribemont, où Vauban, après les ingénieurs du moyen âge, avait épuisé ses efforts ; mais, surtout, elle se heurtait aux deux grandes places-refuge de Saint-Quentin et la Fère.

Nous avons dit la raison géographique de la place de la Fère, à la tête du massif de Saint-Gobain. Son nom seul la définit : la Fère (firmitatem) la forteresse. Au débouché des deux routes,