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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/390

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de paix bénéficiera des installations faites ou des procédés adoptés pour les transports anormaux de la guerre : dans nos ports en particulier. D’autre part, il est incontestable que nous manquerons de bras, et encore plus de capitaux, pour des travaux neufs. Néanmoins, ce n’est pas, en général, cet esprit de restrictions que j’adopterai ici. Tout en considérant que le devoir de chacun sera d’économiser, j’estime, d’autre part, que la communauté aura avantage à supporter encore certains frais, sans lesquels nous serions incapables de reprendre assez vite et assez énergiquement la lutte économique. Il faut savoir dépenser, même quand on a cessé d’être riche, si on veut le redevenir, et l’économie ne doit pas avoir pour effet de restreindre des installations de premier établissement, destinées à devenir productives de gros intérêts. Nous abusons un peu, en France, des « tours de force » et du « débrouillage » pour suppléer à des lacunes qu’il eût mieux valu éviter. D’ailleurs, ce ne sont pas toujours les projets les plus vastes et les plus coûteux qui sont les plus utiles à réaliser. Avant tout, nous avons à compléter un outillage existant, afin d’en tirer un meilleur parti. Et, pour beaucoup de travaux neufs, où les devis effrayent d’abord, il suffirait probablement de laisser le champ libre aux initiatives privées ou régionales.

Nous reprochons aux Allemands de viser au colossal ; mais nous-mêmes, dans bien des circonstances, n’avons pas osé voir assez grand, voir dans l’avenir. Nous pratiquons, en tout, ce qu’on a appelé le régime des petits paquets, une politique de parcimonie maladroite, qui aboutit en fin de compte à des frais plus considérables, comme lorsqu’un propriétaire ne répare pas à temps les toits de sa maison, ou lorsqu’un industriel ne sait pas renouveler un matériel démodé. Le ministère des Finances ne devrait pas être considéré comme une entité indépendante, dont les seules fonctions sont de traquer les fortunes particulières et de retarder les dépenses générales les plus utiles. Je vais soulever des protestations ; mais j’estime que le jour où, la guerre étant terminée, on pourra arrêter la fuite vertigineuse des milliards, nous aurons intérêt à grossir encore quelque peu l’addition avant de tirer le trait final, pour exécuter des ouvrages indispensables, devant lesquels on a trop longtemps reculé : ce qui équivaudra, pour notre budget, à supposer que la guerre aura duré une ou deux semaines de plus et nous permettra