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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/37

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son foyer toutes ces divergences et contre le destructeur germanique refait du patriotisme belge un bloc indivisible. Dans l’univers nombre de peuples désiraient rester hors d’une querelle qui, pensaient-ils, n’était pas la leur, et où se débattait seulement une lutte de primauté : la flamme de Louvain leur a dénoncé le crime, et le crime n’a pas de neutres. L’univers divisé la veille s’est trouvé unanime contre ceux qui s’étaient mis hors la loi, et cette unanimité durera tant qu’il se trouvera des hommes pour rappeler la Passion de Louvain.

Plus de vingt siècles après celle du Christ, une race d’adorateurs restait au vieux Dieu, des scribes et des pharisiens continuaient à se croire le peuple élu et fait pour dominer, toute la terre. Près d’eux une autre nation proclamait que les peuples égaux de nature n’ont pas pour destinée la guerre conquérante mais la justice et la paix. Les héritiers de l’Ancien Testament, pour imposer silence au Testament Nouveau, envahirent la demeure du Juste, lui en firent un sépulcre, et leurs soldats veillent encore sur la tombe. Mais leur garde sera relevée. Et, après leur retraite, d’autres viendront en foules réparatrices pour transformer le sépulcre en sanctuaire et tous les peuples effaceront le mal commis par un seul. A celui-ci ne restera, que la honte d’un crime inutile : où il aura cru sceller la mort, il n’aura préparé que la gloire de la résurrection.


ETIENNE LAMY.