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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/34

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l’enseignement, et par sa malveillance contre les élèves de certaines écoles y fait le vide, leur indépendance est détruite. C’est pourquoi les catholiques belges réservèrent à chaque Université le droit de décider son programme et de conférer ses grades, en bornant le droit de l’Etat à un contrôle sur les diplômes qui ouvrent les carrières publiques. Et ils refusèrent à l’Etat toute chaire. Fait par l’opinion, il ne fallait pas qu’il fût tenté de la faire : c’eût été fausser le ressort du gouvernement représentatif. Les forces religieuses, philosophiques, traditionnelles, novatrices, qui existaient dans le pays, suffisaient à se défendre, à s’accroître, à se perpétuer.

Ils ne respectèrent pas davantage l’obstacle que la défiance révolutionnaire opposait à la vie matérielle des Universités. Le patrimoine de Louvain avait disparu et contre le rétablissement d’une propriété au profit des Universités libres, le mot de « mainmorte » exerçait un préjugé despotique. Pourtant livrer des corps enseignants, qui ont besoin de certitude et de durée, aux chances aléatoires de quêtes et de dons, était refuser la vie à la liberté d’enseignement. Sans propriété, elles ne peuvent tirer leurs ressources que de subventions accordées par la providence universelle, l’Etat. Allait-il partager sous cette forme sa bienveillance entre les Universités comme entre les gérantes volontaires d’un service public ? Les catholiques ne se laissèrent pas séduire par ce compromis où d’autres auraient préparé la quiétude du lendemain. A eux apparut qu’elle était incompatible avec l’intérêt de l’avenir. Que l’Etat accordât à certaines Universités plus qu’à d’autres, il exercerait une préférence exclusive de l’égalité ; qu’il assignât d’égales ressources aux écoles les plus inégales de vitalité, il tiendrait les unes au large jusqu’au superflu, les autres à l’étroit jusqu’à la misère. Surtout il étoufferait en leurs partisans le zèle des sacrifices par lesquels les idées s’ensemencent, mûrissent et se récoltent ; il ne permettrait pas aux universités de paraître chacune avec sa véritable importance et d’atteindre sa croissance normale. Seul, le droit de propriété les ferait maîtresses de leurs projets, de leurs réformes, de leur avenir. Ils ne se sentirent séparés d’un progrès essentiel que par un mot, « la mainmorte, » et ils avaient la plus rare des bravoures, ils n’avaient pas peur des mots. Interdire à la richesse la destination qui la consacre à perpétuité à la science, à la misère, à la maladie, c’est