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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/339

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deux pas de Puygcerda, les mascarons qui soutiennent la corniche d’une abside romane reproduisent tous les traits ethniques du Berbère : les modèles ont été certainement des Africains ou des descendants d’Africains. L’un de ces mascarons est même coiffé du cache col que les Arabes d’aujourd’hui portent encore sous leurs turbans. Il est possible cependant que ces modèles aient été non pas des réfugiés, chrétiens du Ve et du VIe siècle, mais bien des Sarrasins du VIIe et du VIIIe. En tout cas, il parait difficile de ne pas voir un vestige ou une imitation de l’architecture chrétienne d’Afrique dans cette curieuse petite chapelle de Planés, qui a fait verser des torrents d’encre aux archéologues des Pyrénées orientales. Ils ont voulu y reconnaître un tombeau musulman, une sorte de sépulture maraboutique. Certains même ont tenu à préciser : pour ceux-là, ce serait le tombeau de Munaza, le chef arabe rebelle, qui fut tué dans une ville cerdane par Gedhis, le lieutenant de l’émir Abd-er-Rhaman. Mais la disposition de cette chapelle s’apparente d’une manière saisissante à celle d’une foule d’édicules en forme de trèfle à trois feuilles, qui environnent les basiliques africaines. Elles abritaient en général un baptistère, ou la memoria d’un martyr. Autour du sarcophage du saint, les pieuses gens aimaient à se faire enterrer, et ainsi ces chapelles tréflées devenaient de véritables annexes des nécropoles voisines.

Cette disposition architecturale était-elle strictement africaine ? On en peut retrouver l’équivalent dans un certain nombre de sanctuaires de l’Europe méridionale. Mais nulle part elle n’est plus fréquente qu’en Afrique, — et, si l’on tient compte des circonstances historiques, si l’on se rappelle qu’au temps des invasions vandales, les Africains fugitifs avaient coutume d’emporter les ossements de leurs martyrs et de leurs saints, on n’estimera pas trop invraisemblable qu’ils aient élevé cet édicule sur ce plateau perdu de la Cerdagne, loin de tout monastère et de toute basilique. Il va sans dire qu’il a dû être restauré et remanié maintes fois depuis sa fondation.

Ce qu’il y a de sûr, en tout cas, c’est que le flot mauresque s’est copieusement répandu sur les régions avoisinantes pendant les invasions du VIIe et du VIIIe siècle. Des infiltrations en Cerdagne sont plus que probables. Du moins est-il certain qu’à cette même époque et encore longtemps après, un grand