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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/333

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Font-Romeù - Au pays des Notres-Dames


Il y a, par le monde, des coins de terre privilégiés qui ont un langage tout de suite intelligible pour l’âme, — qui sont naturellement religieux. D’eux-mêmes, ils appellent sur leurs hauteurs la consécration du temple ou du bois sacré. Ce sont des lieux de passage vers qui s’achemine instinctivement le pèlerin, l’étranger, le peregrinus, l’homme errant de tous les siècles. Ils se ressemblent tous, ces « passages » par où se déverse l’éternel flot humain, poussé par la même renaissante inquiétude et le même perpétuel désir de butin, butin de rapine et de guerre, ou butin de beauté et de paix spirituelle. Ce sont d’étroits couloirs pierreux, ou bien de larges avenues où s’étalent les eaux d’un grand fleuve, d’interminables corridors montagneux où s’engouffrent les masses grondantes des vents : Delphes, assise au bord de son ravin, dans cette longue dépression sinueuse qui, par la chaîne du Cithéron et du Parnasse, va de Thèbes, en Béotie, aux plages désolément splendides d’Itéa et du golfe de Corinthe ; — ou bien la vallée du Jourdain, qui, des hautes régions du Liban, jusqu’au gouffre de l’Asphaltite, en passant par Génésareth et Capharnaüm, Jéricho et le Nébo, resserre, entre ses âpres murailles calcaires, toute l’histoire religieuse de l’humanité occidentale ; ou encore la vallée du Nil, étroite bande de terre grasse entre la chaîne libyque et la chaîne arabique, avec le déroulement presque