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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/330

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lança une édition nouvelle des Reisebilder, en 1852, Heine, tout ému, écrit au secrétaire de la Revue, M. de Mars :

… « Si vous avez un moment à me donner, venez me voir sans retard ; vous me rendrez un grand service en me donnant des conseils dans un moment où la passion pourrait me conduire à de fausses démarches. Il m’arrive la chose la plus inouïe. Ce n’est que depuis hier au soir que je sais qu’un libraire de Paris, M. Lecou, a fait, à mon insu et sans ma permission, une réimpression de mes Tableaux de voyage, réimpression qui me fait un tort, non seulement matériel, mais aussi moral, vu que la vieille préface, que j’avais mise dans la première édition, est très malencontreuse en ce moment, et que sauf les morceaux que j’avais dans le temps empruntés à la Revue des Deux Mondes, où Loève-Veimars les avait traduits, le reste du livre est du plus mauvais français, parce que j’avais à cette époque un très lourd traducteur, dont j’ai corrigé et refait alors la traduction avec moins d’élégance que je ne pourrais le faire à présent… » — Et le pauvre poète s’indigne : « Je n’ai jamais vu M. Lecou, qui cependant doit savoir où je demeure, parce qu’un jeune homme de ses amis est venu un jour me proposer de le prendre comme éditeur de mes publications. Il est très lié avec Gautier, et avec Gérard, que je n’ai pas vu depuis des années… Il était facile d’éventer mon projet de réimprimer mes ouvrages. On a peut-être cru pouvoir tout se permettre dans l’état de moribond où je suis. C’est toujours une ténébreuse histoire, que je ne comprends pas… » — Henri Heine appelle F. Buloz à son secours : « Il me dira ce que j’ai de mieux à faire ; » en cas qu’un procès soit nécessaire, il le « recommandera à l’avocat le plus capable en ces sortes d’affaires, » et il faut venir le voir : « Si vous ne pouvez pas venir en personne, envoyez-moi quelqu’un… Je suis encore sous le coup de ma grande indignation, et il m’a frappé précisément à un moment où je suis plus souffrant qu’à l’ordinaire. Je suis très malade… et Votre tout dévoué,

« HENRI HEINE. »


Quelques jours après, l’affaire est en train. F. Buloz a envoyé l’avoué, et Me Paillet s’occupera de Heine.