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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/323

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prenait pour des défections. Il lui reprocha aussi les articles qu’il portait au Journal des Savants ! En janvier 1855, il lui écrit :

« Vous nous abandonnez tout à fait, vous ne donnez rien à la Revue, et voilà plus de six mois que nous ne vous avons vu ici. (En général, V. Cousin venait volontiers, le samedi soir, au whist de Mme Buloz, ou entrait chez le directeur les jours de séance à l’institut)… Vraiment, à vous voir vous éloigner ainsi, on ne dirait pas que vous avez un intérêt dans la Revue, et je vous prie de faire bientôt votre rentrée, et de ne pas donner ce fâcheux exemple d’un écrivain intéressé à la Revue, et qui se consacre à peu près exclusivement à un autre recueil.

« Je profite de l’occasion pour vous dire que vous courez le risque, à l’Académie, d’après ce que j’apprends, de nommer à la place de M. Ancelot un candidat impérial ou un socialiste ; mais, vous autres immortels, vous ne daignez pas savoir ce que disent et ce que savent les simples mortels [1]. »

Voici la réponse de Cousin :


« Mon cher Buloz, « Votre épître m’a trouvé au milieu d’une mortelle crise de rhumatismes, elle m’a donné un tout petit moment de gaieté. Je n’ai pu m’empêcher de sourire en voyant que les lauriers du Journal des Savants empêchaient la Revue des Deux Mondes de dormir. Et voilai il n’y a pas de quoi. Mon cher, j’écrivais dans le Journal des Savants quand vous étiez encore en nourrice, et j’y écrirai tant que je pourrai tenir une plume. Laissez-moi dormir pendant tout l’hiver comme les marmottes de votre pays ; à Pasques, je me réveillerai, j’espère, et vous proposerai quelques articles. D’ici là, je serai enfoncé dans la métaphysique et dans l’histoire.

« Si, pour l’Académie, vous avez découvert de bons candidats, et quelqu’un qui vaille mieux que M. Ponsard, envoyez-moi votre microscope, je vous prie…

« Ampère nous lit de charmants morceaux sur l’histoire romaine, d’après la vue même des lieux et des monuments subsistants, voilà du gibier pour vous : tourmentez-le, et il cédera [2]. »

  1. Inédite, 5 janvier 1855. Correspondance de Victor Cousin. Bibliothèque de la Sorbonne. F. 1000.
  2. Inédite, 5 janvier 1855. Correspondance de Victor Cousin. Bibliothèque de la Sorbonne. F. 1000.