Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/321

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Cousin qui se posait pour le traducteur de Platon. La Princesse fait, assez perfidement, allusion à la traduction du Timée de Platon, travail de Jules Simon, alors jeune « agrégé volant » de philosophie, que Cousin s’appropria. Cousin oublia même si bien que Jules Simon en était l’auteur, qu’un jour, celui-ci abordant le maître et lui demandant comment il allait :

— Assez mal, répond Cousin, je suis très fatigué. On ne saura jamais combien cette traduction du Timée m’a fatigué.

Puis se rappelant tout a coup à qui il parlait :

— Mais si fait, ajouta-t-il avec le plus grand sang-froid, vous le savez aussi bien que moi [1].

Et il parla d’autre chose.

Comment la Princesse connaissait-elle cette histoire ?…

Mais la Princesse connaissait bien d’autres histoires. Le Cousin qu’elle dévoile dans le fragment qu’on a lu plus haut, est bien celui dont on a dit qu’il n’a été « sobre que de choses qu’il ne désirait pas… » le même aussi qui faisait répondre à un auteur souhaitant d’écrire sur un sujet dont il s’était occupé, lui, Cousin : « Il le peut maintenant, j’aime ailleurs [2]. »

Vers 1840, Victor Cousin, chargé d’honneurs, pair de France, membre de l’Académie française, professeur à la Faculté des Lettres, membre du Conseil royal de l’Instruction publique [3], etc. fut un collaborateur assidu, en somme, quoique trop rare encore, au gré de F. Buloz. Difficile et sournois, au dire de Sainte-Beuve, égoïste et peu dévoué à ses élèves, suivant J. Simon, il lui arriva de supporter, rue des Beaux-Arts, un assez maussade refus au sujet d’un article sur Kant ; de cette déception, car c’en fut une, cet homme « si dur, » ne garda rancune à personne : ses contemporains l’auraient-ils noirci ? Voici une lettre de Victor Cousin, très postérieure à cet incident. Elle concerne un de ses articles sur Mademoiselle de Bourbon, travail trop rempli, suivant F. Buloz, de motels, de quatrains et d’élégies ; cette lettre me semble affectueuse et conciliante :

« Voici la fin de l’article, j’y ai fait encore quelques retranchements dans ces malheureux vers, qui ne peuvent trouver

  1. Jules Simon, Premières années.
  2. Sainte-Beuve.
  3. Jules Simon : Victor Cousin.