Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/308

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Si le parti du mouvement avait le dessus, la liberté, disent-ils, serait perdue en Angleterre, car les Tories pourraient reprendre le pouvoir, en se servant encore du vieil épouvantail de la Révolution française. Mais heureusement, il parait que nous n’en sommes pas là. Le ministère a une majorité imposante, qui tend même à s’accroître. Ç’a été pour moi un vif plaisir, Monsieur le Comte, d’entendre parler partout, avec les plus grands éloges, de la direction que vous imprimez à notre commerce, et des utiles changements que vous faites aux anciennes mesures. Les Anglais sont peu louangeurs de leur naturel, et ils sont connaisseurs en matière de commerce. J’ai pensé que vous apprendriez avec plaisir qu’ils vous rendaient justice. Vous êtes, avec le maréchal Soult, le seul ministre français dont le nom soit connu, car vous savez que John Bull est fort ignorant de tout ce qui se passe hors de son île. Dans quelques jours, les élections vont avoir lieu, et commenceront la grande bataille électorale. Je compte y assister, puisque vous voulez bien me permettre de prolonger un peu mon séjour : je serai à Paris pour la nouvelle année, et j’espère être l’un des premiers et des plus dévoués de ceux qui vous souhaiteront santé et bonheur.

« On compte (sic) ici l’histoire d’un Irlandais qui écrivait une lettre aussi longue que celle-ci, et qui, s’apercevant un peu tard qu’il abusait de la patience de son correspondant, terminait sa lettre ainsi : « Vous pouvez passer les six premières pages et « ne lire que ceci, etc. » Je suis comme cet Irlandais. Je vous inviterai à passer toute cette longue lettre et à ne lire que l’expression des sentiments de respect et de dévouement, avec lesquels je suis, Monsieur le Comte,

« Votre très obéissant serviteur,

« P. MERIMEE.» :


En revenant de ce séjour à Londres, Mérimée verra pour la première fois, à Boulogne, Jenny Dacquin, célèbre Inconnue.

On pense que ce n’est pas ce Mérimée-là, qu’enfant ma mère connut, mais un Prosper un peu hautain, très fermé, et souvent absent, car il était « à la fois nomade et casanier ; » sa mère régnait au logis désert.

Mme Mérimée fut une mère admirable, et une curieuse vieille dame. Toujours soignée et nette, coiffée d’une sorte de bonnet à la Charlotte Corday, un fichu croisé sur la poitrine et des