Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/306

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


diplomatique, les yeux baissés et debout, attendait en silence la fin de cette opération, et, derrière le Prince, Lady Jersey, sa serviette à la main, suivait tout le cours des verres d’eau, avec un intérêt respectueux. Si elle avait osé, elle aurait tenu la cuvette. Cette Lady Jersey est la femme la plus hautaine, et la plus impertinente de toute l’Angleterre. Elle est très belle, spirituelle, instruite, et très noble par-dessus le marché. Il faut que le Prince soit un bien grand séducteur pour obtenir tant de condescendance de sa part. « C’est une bien bonne habitude, mon « Prince, a dit Lady Jersey. — Oh ! très sale, « très sale, a répondu le Prince, et il lui a pris le bras après l’avoir fait attendre pendant cinq minutes. On a parlé politique, littérature et cuisine, et il m’a paru que le Prince était également supérieur sur ces trois points. Il à m’a dit qu’il me félicitait beaucoup d’apprendre les affaires et les hommes, sous votre direction ’ ; car il était impossible qu’un homme de lettres fit quoi que ce soit de bien, s’il n’avait pas été de bonne heure dans les affaires. A l’appui de cette opinion, il m’a cité M. de Chateaubriand, qui n’a jamais pu apprendre à connaître les hommes dans son cabinet au milieu de ses livres, et qui, arrivé aux affaires, a fait les Revues les plus comiques. A propos de M. de Chateaubriand, il m’a cité sur lui un mol, qu’il dit être de Mme Hamelin, et que je le soupçonne d’avoir fait. Cette dame, mécontente d’une entrevue avec Chateaubriand, dit que « Chactas n’avait qu’une plume de corbeau « pour écrire ses ouvrages. »

« J’ai assisté à l’élection de Westminster, qui devait être la plus contestée de toutes celles de Londres. Le spectacle était très gai, tout s’est passé d’ailleurs assez bien. Il est vrai que Sr Francis Burdtlt et Hobhouse, candidats ministériels, ont été couverts de huées et d’un peu de boue, mais il n’y a eu ni pierres ni bâtons. Pendant le discours de Hobhouse, le shérif de Westminster attrapait au vol, avec un rare bonheur, les ognons et les trognons de choux qui étaient adressés à l’orateur, lequel pérorait avec la plus admirable impassibilité. Le plus applaudi de tous les projectiles qui lui ont été adressés, c’était un chat mort. C’était à la fois une épigramme et une arme dangereuse. Les soldats anglais sont punis d’un certain nombre de coups de fouet, que l’on appelle le chat. Or Hobhouse, étant député de l’opposition, a demandé l’abolition du chat ; devenu sous-secrétaire d’État de la Guerre, il propose un bill pour augmenter l’usage