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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/303

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On dirait que l’Etat-major allemand a, comme d’instinct, l’idée d’avertir le public de ces lumières soudaines qui se lèvent en lui. Dans le communiqué du 3 septembre, tout en montrant la cavalerie de von Klûck « devant Paris, » il énumère les armées françaises qui lui barrent la route ; elles sont toujours « rejetées vers le Sud, » c’est entendu : mais elles existent et elles résistent.

Le doute commence donc à naître dans ces esprits téméraires.

Chez le soldat, ce n’est plus seulement le doute, c’est l’inquiétude, c’est la désillusion. Les carnets de route en témoignent avec une unanimité frappante. On avait promis au soldat la prise de Paris et la capture de l’armée Joffre, le tout d’un seul et même coup de filet. Il n’a pas besoin de lire les communiqués, lui, pour savoir ce qui se passe : il sait, parce qu’il l’apprend à son dam, que le soldat français « se bat magnifiquement ; » il sait que des fatigues inouïes lui sont imposées, que les effectifs des régiments fondent à vue d’œil. Et ce qu’il apprend enfin, rien que par les ordres qui lui sont donnés, c’est qu’on ne marche plus sur Paris : en un mot, que le nach Paris fait faillite. Donc, ces promesses, ces triomphes prochains, cette victoire facile et prompte, tout cela n’était que bluff et mensonge. Chefs et soldats, au même moment, — car ce sont de ces étranges télépathies de la guerre, — sentent que quelque chose est changé ! Il ne s’agit plus de Paris : il s’agit, maintenant, du sort de la guerre !

Et peut-être même est-il trop tard.

Joffre s’est libéré de l’étreinte ennemie. Il reprend, avec sang-froid, avec calme, l’exécution de sa conception stratégique ; il accomplit, en pleine maîtrise de lui-même, sa savante et redoutable retraite.

Il cède, mais c’est pour attaquer. De la Marne, il couvre Paris. Von Klück vient vers lui. Tant mieux. A partir de ce moment, en effet, l’ennemi ne poursuit plus Joffre, il le suit

Il le suivra jusqu’à l’Ourcq, jusqu’à la Marne. Car, tels sont les avantages de l’initiative.


GADIUEL UANOTADX.