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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/299

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la manœuvre de Maunoury sur l’Ourcq et de l’offensive générale sur la Marne.

Mais, il ne semble pas que l’on ail été à même de dégager les raisons qui avaient déterminé von Klück à prendre subitement un tel parti.

Les publications allemandes, jalouses de ménager l’autorité intellectuelle du grand État-major, n’ont jamais donné aucune explication sur les motifs de ce fameux mouvement. On se contente d’en relever le caractère de soudaineté, avec une tendance manifeste à reculer sa date. La brochure écrite en vue de défendre l’État-major allemand, Les Batailles de la Marne, n’apporte aucune explication, aucune lumière : « Quand tout à coup, — c’était le 4 septembre, — la 1re armée allemande fit un crochet vers le Sud, laissant Paris à sa droite… » Rien de plus. On laisse entendre que c’est une de ces illuminations du génie que la grâce de Dieu accorde à l’infaillible Etat-major.

La vérité se dégage, maintenant, avec une rigueur mathématique, du rapprochement des dates et des faits.

Ce fameux crochet de l’armée von Klück, qui dégage Paris et qui l’expose elle-même si dangereusement à la manœuvre que Joffre a préparée, trouve son indiscutable origine dans la bataille de Guise.

Von Klürk, nous l’avons dit, était lancé vers l’Ouest. Avec un parfait mépris de son adversaire, il marchait à droite, toujours à droite : et il s’allongeait ainsi, très loin en avant de Bülow, jusqu’à compromettre la solidité de la liaison entre les deux armées. Tout à coup, von Klück rencontre sur sa route, non plus des divisions territoriales, mais des corps de l’armée active : ceux-ci livrent, aux approches de Péronne, le combat de Proyart où ses régiments surpris sont sérieusement éprouvés. Et, le même jour, Bülow, sur sa gauche, crie : « Au secours ! »

Sur les faits eux-mêmes et sur l’impression produite dans l’armée von Klück, les témoignages allemands sont formels : Henri Heubner, capitaine de réserve, professeur à Wernigerode et qui appartient au IIIe corps, raconte que, le 30, il se battait à Ablaincourt, dans la région de Péronne, lorsque, vers quatre heures de l’après-midi, le feu des canons est arrêté : or, l’officier, très attentif à tout ce qui se passe, écrit sur son carnet : « On nous apporte la nouvelle que l’armée von Bülow est engagée