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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/262

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Strasbourg, et les autres fonctionnaires publics dénoncés au Ministère de l’Intérieur comme coupables de projet de conspiration, ont toujours joui et jouiront encore de toute notre confiance. » Deux délégués, Noisette et Champy, allèrent porter cette protestation à l’Assemblée législative qui, le 12 juillet, ne voulut pas les recevoir et approuva le ministre de l’Intérieur qui avait refusé de faire connaître au maire de Strasbourg ses lâches accusateurs.

Dès lors, on pouvait craindre toutes les injustices et toutes les violences contre Dietrich, accablé de dégoûts et de chagrins. Son autorité commençait à être méconnue. La police n’était plus respectée, les forêts étaient dévastées, les routes peu sûres. La répercussion des désordres de Paris, la journée du 20 Juin et ses suites navrantes avaient amené des troubles graves dans la province comme dans toute la France. A la veille du 10 août, son ami M. de Schwendt, un libéral peu suspect, lui mandait de Paris : « La France est à la merci de la populace excitée par vingt ou trente coquins qui lui préparent le meurtre, le carnage ou les fers. Tout le monde fuit. Eux-mêmes ont tous leurs passeports. Le mois de septembre nous verra dans l’esclavage le plus vil, si d’ici là nous n’avons péri sous le couteau… » Devançant de bien loin déjà le 18 Brumaire, l’honnête Alsacien s’écriait : « Il n’y a plus de remède que dans les baïonnettes, de quelque part qu’elles viennent ! La lâcheté inconcevable des honnêtes gens ne nous laisse aucun espoir… Tenez-vous prêt à nous appuyer, s’il arrive un événement !… Vous avez un beau rôle à jouer. Conservez Strasbourg à la France ! Mais faites taire chez vous les factieux, et prenez des mesures telles qu’ils ne puissent plus se réunir ! Il est temps d’en finir et vous pourrez donner un exemple qui sera suivi… »

Parlant ensuite des Marseillais qui allaient chanter à Paris l’hymne de guerre de Rouget de Lisle, il ajoutait : « Les combinaisons les plus scélérates ont éloigné de Paris les troupes de ligne, y ont attiré les Marseillais, ont rendu odieux les soldats de la Garde Nationale qui se prononçaient pour le bien et ont ainsi ôté à la force publique toute action. On avait aposté les Marseillais aux Champs-Elysées. Ils y ont massacré trois grenadiers et blessé vingt autres gardes nationaux… Ils avaient pris des dispositions pour attaquer le château dans la nuit d’avant-hier (2 août)… Mais on a su le projet et on y a pourvu par une