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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/261

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profonde que causaient à Huningue les actes de violence, les vexations arbitraires, les infractions journalières aux lois dont il était témoin, et dont certains administrateurs du peuple se rendaient coupables dans cette malheureuse contrée.

La position de Dietrich était alors des plus difficiles. Il avait contre lui non seulement le parti révolutionnaire, mais l’ancien clergé qui le croyait ennemi du culte catholique et le nouveau clergé constitutionnel qui le trouvait trop tolérant. Les choses arrivèrent- à un tel point que le club des Jacobins de Strasbourg le dénonça au club de Paris par l’entremise de deux Allemands réfugiés, Maurice de Hesse et le baron de Frey. Roland, alors ministre de l’Intérieur, prêtant trop facilement l’oreille aux moindres accusations, écrivit à Dietrich qu’on lui parlait d’un compromis tendant à livrer la ville de Strasbourg a l’ennemi. Ce bruit lui était venu de Strasbourg même. C’était le jacobin Laveau qui en était l’auteur. Roland ne doutait pas que Dietrich ne rassurât toute la France sur le sort d’une ville aussi importante, mais il se croyait en droit de lui demander tous les renseignements qui pouvaient servir de moyens pour lui conserver la confiance que le Roi avait dans son civisme et sa fidélité. Le ministre ajoutait qu’on pourrait citer les sommes d’argent répandues pour effectuer « la corruption et les infamies concernant cette affaire. » Il n’y avait pas un mot de vrai dans cette accusation. Mais les jacobins de Strasbourg, qui l’avaient inventée, multipliaient leurs calomnies et dénonçaient en même temps la négligence de l’armée du Rhin et les mauvais sentiments de l’Etat-Major, notamment du prince Victor de Broglie.

Dietrich fit connaître au Conseil municipal la lettre de Roland et lui proposa de se rendre à l’Assemblée Nationale pour détruire tous les soupçons, mais ses collègues se réunirent et rédigèrent le 15 juin aux représentants une protestation qui fut signée par les notables et par des milliers de Strasbourgeois. Ils rendaient justice aux talents de Dietrich, à son caractère, à son activité, à son dévouement sans bornes. « Il avait demandé, disaient-ils, à aller lui-même confondre ses détracteurs ; mais le Conseil général de la Commune et tous les citoyens n’ont pas cru que son absence put être sans danger pour la sûreté de cette ville et de l’Empire. Nous vous déclarons, et par vous à la France entière, que Frédéric Dietrich, maire de