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Page:Revue des Deux Mondes - 1918 - tome 47.djvu/242

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allemande, la Bohème et les pays tchéco-slovaques, la Pologne et la Galicie, les pays yougo-slaves, et la couronne de Hongrie. Mais comme il est prudent d’écrire : « était possible » et : « pourrait être envisagé, » du fait même qu’il faut écrire : « la couronne de Hongrie! » Toute tentative de fédéralisme, ou simplement de trialisme, s’est brisée, dans le passé, contre la résistance de la Hongrie, qui n’est pas une province autrichienne, ni un État adjoint à la couronne d’Autriche, separatum Sacræ Coronæ adnexum corpus, selon la formule dont le vieux droit public de l’Empire usait envers certaines villes et certaines terres, — mais un État distinct, pleinement indépendant, pair et égal. Il est probable qu’elle s’y briserait plus misérablement que jamais, maintenant que la Hongrie a pris, dans la double monarchie, plus de force et plus de conscience de sa force. Au surplus, par l’abandon de la solution austro-polonaise, l’hypo, thèse ne peut même pas se poser. La réunion de la Pologne manquant, le prétexte même fait défaut. Le pauvre Charles Ier a beau protester dans le latin de son ancêtre l’empereur François II : «Indivisibiliter, iriseparabiliter. » Il ne reste à l’Autriche qu’à croupir en ses divisions et à mourir de ses déchirements.

Pour l’Allemagne, la pénurie des effectifs, il est à peine exagéré de le dire, domine, anime et commande toute sa politique, qui est étroitement soumise à ses nécessités de recrutement. Comme elle n’y peut pourvoir par ses seules ressources, elle se voit contrainte de recourir à d’autres. A qui? D’abord à ses alliés, et d’abord, naturellement, à son allié le plus proche, à l’Autriche. Et puis aux alliés du second plan ou du second ordre; à la Bulgarie, à la Turquie : mais l’Autriche ne peut guère et veut peu; la Bulgarie et la Turquie peuvent ou veulent moins encore. C’est le moment où chacun s’occupe à tâcher de tirer son épingle du jeu, avec d’autant plus d’attention que le jeu s’embrouille. Là-bas, dans le lointain, il y a l’immense Russie, vaste réservoir d’hommes, de « matériel humain, » comme dit Ludendorff; pépinière de soldats théoriquement inépuisable, parc en quelque sorte illimité de chair à canon. Entre la Russie et l’Allemagne, tout le chapelet des États satellites, arrachés d’hier à l’Empire des Tsars : la Finlande, l’Esthonie, la Livonie, la Courlande, la Lithuanie, la Pologne, l’Oukraine. L’Empereur, quand il y crée et y distribue des royaumes, n’y fait pas seulement une politique de magnificence. Il y agit féodalement, comme suzerain, et y retient le « service d’ost, » par le ban et l’amère-ban. Recruter, tel est le but, qui apparut déjà sans voiles, en 1916, lors de la fallacieuse